Dernier meeting de mon jeudi, qui se déroulait en zone publique. Imaginez donc une journée remplie de meetings, dans une zone chargée, mais néanmoins calme en comparaison de la zone business. Et là, vous passez en public, avec des files d'attente de partout, du personnel de la sécurité qui vous parque comme des moutons entre des banderoles...
Mais c'est aussi là, en hall 10, que se trouvent des milliers de jeux indépendants, des perles souvent méconnues, et leurs infatigables équipes de développement. Et, parmi eux, Era One, un RTS spatial mêlant construction de bases, gestion de flotte, survie et combats tactiques. Sa principale particularité, qui m'intriguait, est la possibilité de construire stations et vaisseaux module par module !
Derrière le jeu se trouve Team Complex, un petit studio de six personnes dont les racines remontent à la scène du modding. Le fondateur s'était fait connaître grâce au mod Complex pour Homeworld, avant de collaborer avec Gearbox sur Homeworld Remastered. Après des années passées à développer ses idées sur les jeux des autres, l'envie est venue de pousser le concept beaucoup plus loin avec un projet indépendant.
On commence avec une structure de base à laquelle viennent s'accrocher des modules. Libre ensuite de leur donner plus ou moins la forme que l'on souhaite. Certains éléments servent à renforcer l'ensemble, tandis que d'autres apportent des fonctionnalités précises : production de ressources, défense, stockage...
Il est même possible de posséder plusieurs stations avec des rôles différents. Une spécialisée dans l'exploration, une autre dans la collecte de ressources et une énorme forteresse dédiée au combat, par exemple.

Tout est modulaire, au point que les développeurs pensaient devoir imposer des limites en multijoueur. Au final, les tests montrent que les joueurs peuvent être laissés beaucoup plus libres que prévu. Certains construisent d'immenses stations, tandis que d'autres préfèrent multiplier de petites structures et harceler leurs adversaires avec des unités rapides.
Le poids entre aussi en ligne de compte : plus une construction devient massive, plus elle perd en mobilité. Il est nécessaire de trouver un équilibre entre résistance, puissance et capacité à se déplacer.
Les petits vaisseaux sont moins libres dans leur forme, mais restent personnalisables. Les Strikers, par exemple, disposent d'un châssis fixe sur lequel différentes armes peuvent être installées.
Il est aussi possible de définir leur comportement en combat. Défensif, frontal, en orbite autour d'une cible, sur les côtés... Sans oublier les formations, qui permettent d'organiser la flotte suivant la stratégie recherchée. Les unités gagnent des niveaux avec le temps. Une nouvelle raison de ne pas les sacrifier inutilement, puisqu'une flotte expérimentée devient plus précieuse.
Era One propose plusieurs façons de jouer. Des scénarios ont des objectifs dirigés, tandis que d'autres modes sont orientés arcade. Dans celui qui était présenté, un compte à rebours impose de récupérer des ressources et de préparer ses défenses avant l'arrivée des ennemis.

La gestion passe par un arbre technologique, un système d'équipage qui sert de limite d'unités, ainsi que de nombreux paramètres réglables : quantité de ressources de départ, vitesse du jeu, limite maximale d'équipage... En solo, un mode ralenti permet même de prendre son temps pour comprendre ce qui se passe et préparer ses actions.
La grande nouveauté présentée à la gamescom concernait surtout le multijoueur. Pour le moment, Team Complex adopte une approche très pragmatique, avec avant tout du 1 contre 1 et des affrontements de type Deathmatch. Le studio veut d'abord s'assurer que cette base fonctionne avant de monter vers du 2 contre 2, voire du 3 contre 3. Le multijoueur est désormais fonctionnel, même si les développeurs considèrent encore son intégration comme assez basique et veulent continuer à la peaufiner avant la 1.0.
À terme, l'idée est aussi d'aller vers la coopération. J'ai demandé s'il serait possible que plusieurs joueurs construisent une même station. Pourquoi pas, mais ce n'est pour le moment pas prévu. En revanche, les créations peuvent être sauvegardées sous forme de blueprints. On peut réutiliser une station d'une partie à l'autre, mais aussi partager ses créations avec les autres joueurs. La communauté s'en donne déjà à cœur joie sur Discord, où circulent de nombreux designs.

Ces possibilités donnent envie d'expérimenter. Construire une énorme station quasiment immobile ? Pourquoi pas. Miser au contraire sur de petites installations faciles à produire, accompagnées de Strikers chargés de harceler l'adversaire ? Ça marche aussi. Dans tous les cas, il faudra conserver une économie solide pour produire, réparer et surtout survivre à une éventuelle contre-attaque.
Un système de recyclage permet de récupérer environ 80 % des ressources investies dans certains éléments. À moins de préférer tout faire exploser, ce qui reste bien sûr une solution.

Deux grandes identités se dégagent dans les constructions. La Fédération, actuellement jouable, repose sur de petits modules très libres que l'on assemble presque cube par cube. Les Pirates utilisent au contraire des éléments plus imposants, capables de remplir plusieurs fonctions à la fois.
Pour le moment, le joueur incarne uniquement la Fédération, y compris lors de certains affrontements contre d'autres forces de la même faction. Les Pirates sont contrôlés par l'IA, mais pourraient devenir jouables plus tard. Cette IA a d'ailleurs beaucoup évolué. Elle est capable de construire ses propres stations et de développer son économie, indispensable pour proposer des parties intéressantes lorsque tous les emplacements ne sont pas occupés par de vrais joueurs.

L'optimisation représente un autre gros morceau pour un jeu permettant de construire des structures aussi complexes. L'équipe évoque déjà des parties comportant des dizaines de milliers d'éléments, avec des chiffres allant autour de 18 000, voire 25 000 dans certains tests. Elle espère pouvoir aller encore plus loin !
D'ici la 1.0, Team Complex veut donc surtout peaufiner ce qui existe déjà, terminer l'intégration du multijoueur et poursuivre le travail sur le solo. De nouveaux scénarios et cartes sont prévus, ainsi que la campagne qui racontera l'histoire d'Alya De Shars, dans un futur où l'humanité a abandonné une Terre épuisée et privée de ses ressources. Cette version 1.0 est prévue pour début 2027.
J'avoue que j'étais surtout venue pour voir jusqu'où allait cette fameuse construction modulaire, et je n'ai pas été déçue. La liberté offerte est impressionnante, surtout lorsqu'on commence à imaginer ce que les joueurs vont pouvoir inventer une fois les outils maîtrisés.
Reste désormais à voir comment tout cela s'équilibrera dans de véritables parties multijoueurs et comment la campagne exploitera ces systèmes. Mais pour un projet porté par six personnes, Era One affiche des ambitions assez impressionnantes.
Le jeu est en accès anticipé, disponible sur Steam à 29,99€.