Les Sims 4 – Une nouvelle vie commence toujours par des macaronis au fromage
J’ai un aveu à faire : je n’avais jamais vraiment joué aux Sims.
Oui, je sais. Pour une licence aussi installée dans le paysage vidéoludique, c’est presque une anomalie. Depuis des années, j’ai vu passer les maisons improbables, les piscines tragiquement privées d’échelle, les familles parfaites qui finissent en chaos domestique et les histoires absurdes que les joueurs racontent comme si elles étaient arrivées à de vraies personnes. Mais moi, jusque-là, j’étais resté à la porte, à regarder cette étrange société virtuelle vivre sa meilleure vie sans moi.
Puis, plusieurs années après la sortie des Sims 4, l’envie m’a pris de tenter l’expérience. Pas forcément pour optimiser une carrière, bâtir la maison parfaite ou devenir le maître absolu d’un petit monde numérique. Enfin, pas encore. Non, simplement pour voir ce que cela fait de créer un Sim, de lui donner quelques traits de caractère, quelques ambitions, puis de le lâcher dans la nature en espérant qu’il ne mette pas le feu à sa cuisine dans les dix premières minutes.
C’est ainsi qu’est né Juliaan Lambert.

Pas un Sim totalement éloigné de moi, non. Plutôt une version un peu idéalisée, légèrement cathartique, avec un look assez classique, un petit embonpoint pour ne pas trop trahir le modèle original, et surtout une ambition bien précise : devenir un grand chef. Juliaan aime la cuisine, la mixologie, les jeux vidéo, le piano, le bleu, le noir, la musique classique, rétro et pop. Il n’aime ni le jardinage, ni le fitness, ni le rouge, ni le vert, et encore moins le hip-hop ou le R’n’B. Niveau caractère, le monsieur est pitre, gourmand et perfectionniste. En somme, un candidat parfait pour un entretien d’embauche où il expliquerait, avec beaucoup trop de sérieux, que son plus grand défaut est d’aimer les pâtes parfaitement cuites.
Direction Willow Creek, avec 20 000 Simfloux en poche. Plutôt que de construire immédiatement la maison de mes rêves, j’opte pour une petite déjà meublée. Simple, pratique, suffisante pour commencer.

L’idée n’est pas de vivre dans le luxe dès le départ, mais de partir d’un endroit modeste, puis de l’améliorer au fil de la progression de Juliaan. Une vraie petite vie qui commence, avec ses moyens limités, ses envies trop grandes et son mobilier qui a encore beaucoup à prouver.
La première décision importante tombe assez vite : trouver un travail. Sans surprise, Juliaan commence une carrière culinaire, tout en bas de l’échelle, comme assistant lave-vaisselle.

Il faut bien commencer quelque part, même quand on rêve déjà de plats gastronomiques et d’assiettes dressées au millimètre. Mais comme il serait dommage de viser l’excellence avec une cuisinière qui donne l’impression d’avoir connu trois générations de locataires, je décide d’investir un peu dans la cuisine.
La vieille cuisinière est remplacée par un modèle rétro, plus élégant et plus motivant. Le frigo suit le même chemin, et un lave-vaisselle rejoint rapidement la pièce. Le budget reste limité, donc pas question de faire n’importe quoi, mais pour un futur chef, le matériel compte. Et puis, détail rassurant : un détecteur de fumée est déjà installé. Je ne sais pas encore si c’est une précaution ou une prophétie, mais dans Les Sims, j’ai vite appris à ne pas sous-estimer ce genre de détail.

Avant son premier jour de travail, Juliaan se retrouve dans un état inspiré. Comme son aspiration lui demande justement de préparer des repas dans cet état, je lui confie une mission simple : cuisiner des macaronis au fromage. Rien de très noble sur le papier, mais il faut bien commencer quelque part. Et contre toute attente, le plat est excellent. Voilà donc notre futur grand chef lancé sur de très bonnes bases, avec une casserole de macaronis et une confiance probablement excessive.


Le dimanche se déroule calmement. Je m’occupe de ses besoins, je lui fais regarder la chaîne de cuisine à la télévision, ce qui lui permet de progresser rapidement jusqu’au niveau 2 de la compétence. Mais après quelques heures passées à vivre sa meilleure vie domestique, un autre besoin commence à se faire sentir : la sociabilité. Juliaan a beau aimer cuisiner, il ne peut pas parler uniquement à son frigo. Enfin, il peut peut-être, mais ce serait inquiétant dès le premier épisode.
Direction la boîte de nuit du quartier. C’est là que Juliaan rencontre quelques personnes, dont Summer. La sortie est courte, car il commence à avoir faim vers 18h, mais le hasard fait bien les choses : au moment de rentrer, Summer se trouve justement devant la maison. Plutôt que de manger seul, Juliaan l’invite à entrer et à cuisiner avec lui. Le courant passe bien, d’autant plus qu’elle travaille elle aussi dans un restaurant. Quand deux personnes se rapprochent autour des fourneaux, difficile de ne pas y voir un signe. Ou au minimum, une excellente excuse pour resservir des pâtes.


Le premier jour de travail arrive, et Juliaan s’en sort très bien. Ses besoins sont au maximum, sa performance est excellente, et la carrière commence sur des rails prometteurs. Pendant sa journée, un événement assez inattendu vient tout de même perturber ce début de vie bien rangé : un appel lui propose de participer à “7 rencards incroyables”, une émission de téléréalité où il faudrait réussir sept rencards parfaits à la suite.
La proposition est tentante sur le papier, surtout pour un Sim qui commence à peine sa vie sociale. Mais non. Juliaan croit au véritable amour. Il veut construire quelque chose de sincère, pas courir après une romance scénarisée par une production qui doit probablement installer des caméras jusque dans la cuisine. La réponse est donc non. Le cœur a ses raisons, et Juliaan a encore des compétences culinaires à monter.
Le deuxième jour de travail confirme la tendance : promotion. Juliaan devient lave-vaisselle en chef, puis les choses s’enchaînent très vite.

Une autre promotion le propulse traiteur, avec une nouvelle exigence : améliorer sa compétence en mixologie. Forcément, cela veut dire acheter un bar. La maison continue donc d’évoluer, un peu au rythme de la carrière, comme si chaque nouvelle responsabilité professionnelle imposait un nouveau meuble. En revanche, les horaires changent et deviennent beaucoup moins confortables : 15h-23h. Pour une vie sociale, c’est déjà compliqué. Pour une romance naissante, c’est presque une déclaration de guerre.

Et comme si les promotions et les horaires décalés ne suffisaient pas, la nuit apporte son petit moment de chaos. Un cambrioleur s’introduit dans la maison. Heureusement, Juliaan a le temps d’appeler la police, qui arrive pour cueillir le malfaiteur. Premier début de carrière, première tentative d’intrusion, premier rappel brutal que même une maison de Willow Creek n’est jamais totalement paisible. Décidément, cette vie virtuelle a un vrai sens du timing.

Malgré tout, la carrière continue de décoller. Juliaan devient mixologue, avec des horaires encore plus violents : 18h-2h. Autant dire que la sociabilisation devient un projet logistique. Heureusement, Summer continue de passer régulièrement à la maison, et leur relation avance doucement. Le fait qu’elle travaille aussi dans la restauration aide sans doute à rendre leurs emplois du temps un peu moins incompatibles. Entre deux horaires impossibles, une complicité se dessine.
C’est d’ailleurs Summer qui, un peu plus tard, envoie un message pour proposer à Juliaan de participer à “La Villa de la Tentation” afin de trouver l’amour. Là encore, je me demande ce que ce monde a avec les émissions sentimentales douteuses. Mais la réponse reste la même : non. Juliaan ne cherche pas une romance calibrée pour l’audimat. Il se concentre sur sa carrière. Et si l’amour arrive au passage, tant mieux.

Nouvelle promotion ensuite : chef de partie. Cette fois, l’avantage est de taille, car Juliaan ne travaille plus que quatre jours par semaine. Enfin un peu d’air. Et surtout, enfin l’occasion de s’attaquer à son prochain objectif d’aspiration : organiser un dîner et préparer un repas gastronomique.
Le grand jour arrive donc. Première étape : meubler un peu la maison. Recevoir des invités avec une table et deux chaises, c’est charmant si l’on veut donner une ambiance “étudiant fauché en fin de mois”, mais un peu limité quand on veut se présenter comme un futur grand chef. J’ajoute donc ce qu’il faut pour accueillir dignement Summer et Liberty.


Les objectifs de l’événement sont clairs : appeler les invités pour le repas, préparer une salade du jardin, remercier les invités, faire écouter de la musique à plusieurs Sims. D’autres objectifs apparaissent ensuite, comme faire manger trois Sims en même temps, ce qui m’oblige à inviter Cordélia en urgence. Organisation parfaite, évidemment.
Ce premier dîner n’est pas un désastre complet, mais pas une grande réussite non plus. Juliaan atteint seulement le premier palier de récompense. Un début timide, un peu maladroit, mais pas honteux. Après tout, recevoir, cela s’apprend. Et quand on est perfectionniste, un échec partiel n’est pas une fin, c’est une invitation à recommencer.

Le lendemain, on retente. Avant cela, quelques ajustements s’imposent. Juliaan achète un nouveau lit, car les courbatures régulières commencent à devenir un peu trop présentes. Il répare aussi la chaîne Hi-Fi, la douche et les toilettes, puis mange un petit en-cas avant de se relancer. Cette fois, les invités sont plus nombreux : Summer, Cordélia, Liberty, Alice et Aloisio, rencontré plus tôt en boîte de nuit. Au menu, une spécialité du chef : des pâtes Primavera.


Et là, tout fonctionne.
Le dîner se passe très bien. Les invités sont ravis, les objectifs s’enchaînent, le troisième palier est atteint, et certains laissent même des cadeaux. Après un premier essai hésitant, Juliaan réussit enfin à transformer sa petite maison de Willow Creek en véritable lieu de convivialité. Ce n’est pas encore un restaurant, ce n’est pas encore une grande carrière, mais c’est déjà quelque chose : une table pleine, des invités heureux, et un Sim qui commence à trouver sa place.

Puis la soirée prend une tournure plus intime. Les invités partent peu à peu, mais Summer reste un peu plus longtemps. La relation, qui avançait doucement depuis leur première rencontre, franchit alors une étape importante : le premier baiser. Forcément, cela mène à un premier rencard. Certes, les choses se font un peu dans le désordre, mais après tout, qui suis-je pour juger ? Je découvre Les Sims, Juliaan découvre l’amour, aucun de nous deux n’a vraiment lu le manuel.

Le rendez-vous romantique se fait à la maison, autour d’un bon repas. Autant miser sur ses forces. Niveau récompense, ce n’est pas forcément un triomphe, mais l’essentiel est ailleurs : la relation avec Summer devient solide. Elle n’est plus seulement cette connaissance croisée en boîte de nuit, ni cette collègue de cœur dans le grand monde de la restauration. Elle devient une vraie présence dans la vie de Juliaan.
Et c’est peut-être ce qui m’a le plus surpris dans ces premières heures avec Les Sims 4. Je pensais surtout observer des systèmes, gérer des besoins, suivre une carrière et remplir des objectifs. Je me suis retrouvé à raconter mentalement la vie d’un type qui commence comme lave-vaisselle, investit toutes ses économies dans une meilleure cuisine, refuse deux émissions de téléréalité amoureuse, survit à un cambriolage, rate un premier dîner, réussit le second, puis embrasse enfin celle qui était là depuis le début.
Rien d’épique, en apparence. Pas de dragon, pas de galaxie à sauver, pas de grande bataille. Juste une petite vie virtuelle qui commence à prendre forme. Mais c’est justement là que Les Sims 4 semble trouver sa force : dans sa capacité à transformer des actions simples en souvenirs étrangement attachants. Un plat réussi, un invité content, un message inattendu, une promotion, un baiser dans une maison encore trop modeste.
La vie de Juliaan Lambert est donc lancée. Sa carrière culinaire avance vite, sa maison s’améliore doucement, son cercle social s’élargit, et Summer occupe déjà une place particulière dans son quotidien. Reste maintenant à voir jusqu’où tout cela va le mener. Grand chef ? Propriétaire d’un restaurant ? Mari comblé ? Hôte mondain professionnel ? Victime d’un nouveau cambriolage au pire moment possible ?
Avec Les Sims, j’ai déjà compris une chose : on peut faire des plans. Le jeu, lui, préfère souvent écrire les meilleures scènes à notre place.






