Certains jeux vidéo marquent une génération, puis disparaissent mystérieusement des radars des éditeurs pendant des décennies. Sorti à la fin de l'ère 16-bits sur Super Nintendo en 1995 au Japon et en 1996 en Europe, Terranigma, troisième volet de la trilogie informelle développée par le mythique studio Quintet (Soul Blazer, Illusion of Time), est longtemps resté un trésor inaccessible. L'annonce de son retour sur PC via Steam par un studio spécialisé dans la préservation du rétrogaming a fait l'effet d'une bombe chez les nostalgiques.
L'intention derrière ce dépoussiérage est limpide : proposer une modernisation subtile apportant des améliorations de confort de jeu (Quality of Life / QoL) essentielles pour nos écrans modernes, sans jamais dénaturer l'essence originale du titre. Le studio de développement a d'ailleurs mis un point d'honneur à retravailler systématiquement en collaboration avec les artistes et concepteurs originaux de l'époque pour préserver scrupuleusement l'âme de ce monument de l'Action-RPG.


L'aventure s'ouvre dans le village souterrain de Krysta, un monde ténébreux où vit Ark, un adolescent turbulent et téméraire. Lors d'une bêtise de trop, Ark déverrouille une porte interdite et ouvre une boîte mystérieuse — une véritable boîte de Pandore. Cet acte plonge tous les habitants de son village dans une camisole de glace et libère une créature ailée nommée Yomi. Pour réparer son erreur et sauver les siens, le Sage du village lui ordonne de réussir une tâche herculéenne : ressusciter le monde extérieur, plongé dans un sommeil minéral et désertique.
L'histoire de Terranigma se suit d'une traite et brille par une profondeur thématique rarement égalée dans les productions des années 90. Le scénario ne se contente pas de vous faire battre un méchant seigneur du mal : il vous fait participer activement à la récréation du monde, étape par étape.
Si vous craignez de tomber sur un système de combat au tour par tour poussif, rassurez-vous : Terranigma est un Action-RPG pur jus, viscéral, rapide et particulièrement technique. Le système de jeu repose sur un contrôle direct du personnage d'Ark en temps réel dans des environnements en vue de dessus (top-down). Comme toujours dans ce jeu, votre héros possède un panel de moyens pour affronter les ennemis.
Votre personnage possède tout d'abord une attaque physique dont la zone d'impact (hitbox) varie en fonction de l'arme portée. Un bouton est dédié à la magie, où il sera possible de lancer en raccourci un sort que vous aurez débloqué pendant l'histoire. C'est assez utile contre certains monstres par exemple. Le déplacement étant aussi une mécanique importante, il est possible de courir rapidement, ce qui, si vous le couplez avec une attaque physique, déclenchera une attaque sautée.


Comme dans les jeux des années 90, la difficulté du jeu est au cœur du gameplay. Foncer tête baissée dans un groupe de monstres sans réfléchir vous ramènera rapidement à l'écran de titre. Prenez par exemple le premier donjon : les ennemis y sont nombreux, très agressifs et capables d'infliger des dommages assez importants. Même s'il s'agit du premier donjon, on rencontre par exemple des ennemis pouvant invoquer des flammes de manière orthogonale, créant la surprise et s'avérant assez complexes à vaincre si l'on n'a pas le bon timing.
La progression du personnage repose sur un système d'expérience classique (XP) couplé à la recherche de matériel dans des coffres au trésor. La partie magie se développe tout au long de l'histoire en collectant des anneaux ou des pierres d'esprit (Magirock). L'IA des ennemis, bien que fidèle aux schémas originaux, demande une vraie lecture des motifs d'attaque (patterns) : certains boss imposent de repérer le minuscule temps de recharge après une grosse attaque pour glisser sous leur garde et asséner une série de coups d'estoc rapides.
Le retravail de la carte du monde est un modèle du genre : elle reste d'une fidélité absolue au jeu de base avec ses deux mondes (supérieur et inférieur) qui se superposent et coïncident parfaitement. La transition d'un monde à l'autre se fait désormais de manière instantanée, tirant parti des performances des SSD modernes sans aucun temps de chargement fastidieux.


Ce retour de Terranigma est une réussite totale pour quiconque connaît le jeu original. En choisissant la voie du respect absolu de l'œuvre d'origine, le studio nous offre une très bonne version d'un jeu culte qui a trop longtemps manqué au patrimoine du jeu vidéo.
Ce titre s'adresse aussi bien aux vétérans nostalgiques désireux de revivre l'une des histoires les plus poignantes de la Super Nintendo qu'aux amateurs d'Action-RPG modernes souhaitant découvrir un pan fondamental de l'histoire du jeu vidéo.
Le jeu sera disponible sur la majorité des plateformes. Néanmoins, nous n'avons pas encore de date de sortie prévue.