Halo Campaign Evolved – Le Major perd sa voix mais pas son talent
Version testée : PS5 Pro
Plates-formes disponibles : PC, Xbox Series et PS5
Genre : FPS
Prix conseillé : 49,99€
Date de sortie : 28 juillet 2026
Studio / Editeur : Halo Studios / Xbox Game Studios
Clé fournie par l'éditeur, merci à eux !
Voir débarquer le Spartan-117 sur PlayStation 5 relève encore aujourd'hui d'une forme de mirage vidéoludique. Longtemps symbole absolu de l'écurie Xbox, la franchise franchit l'impensable avec Halo Campaign Evolved, une relecture ambitieuse qui entend moderniser le mythe fondateur imaginé par Bungie. Si la promesse de faire découvrir les prémices de cette saga légendaire aux joueurs Sony avait de quoi faire trépigner d'impatience, le résultat final laisse un arrière-goût d'inachevé. Car, sous une couche de peinture technique absolument rutilante, se cachent des choix artistiques douteux et un travail de localisation qui frôlent l'irrespect pour le matériau d'origine.
Sur le plan purement visuel et matériel, la claque est pourtant immédiate. Halo Campaign Evolved sait nous faire ouvrir grand la bouche d'émerveillement. Les paysages célestes de l'anneau, les reflets sur la structure métallique des Forerunners et les projections d'énergie du Covenant bénéficient d'un traitement lumineux exceptionnel grâce à un ray tracing parfaitement maîtrisé. Point plutôt surprenant sur PS5 Pro toutefois, puisqu'on doit composer avec 2 modes graphiques qui disposent des mêmes limites que les autres machines. Le mode Qualité est ainsi limité à 30 images par seconde. De ce que j'en ai vu, il apparaît stable et sublime un peu plus l'image que le mode Performance, mais le sacrifice est trop important pour ne pas céder au mode Performance et ses 60 FPS. Là aussi, ce dernier apparaît extrêmement stable et le rendu, surtout en extérieur, est vraiment superbe. Qu'importe l'intensité de l'action à l'écran, la console tient sans jamais fluctuer, même quand ça pète de partout à l'écran. Pour pinailler, je dirais quand même qu'un mode Qualité à 40, voire 60 images seconde, aurait été bienvenu sur PS5 Pro, et qu'un framerate débloqué aurait été apprécié en Performance, mais bon...

L'autre véritable réussite réside dans la prise en charge de la manette DualSense. Les développeurs ont accompli un travail convaincant sur la réponse haptique : chaque arme propose un retour différent en main. Le fusil d'assaut fait tressauter les paumes à un rythme frénétique, tandis que la détente adaptative oppose une résistance caractéristique lors de la charge du pistolet à plasma. La partie audio 3D n'est pas en reste, avec une très bonne localisation du son qui permet de s'immerger au mieux dans cette guerre spatiale.
Dernier petit point sur la technique et la synchronisation des comptes, qui montre à quel point c'est le bordel dans la stratégie Xbox. On doit lier notre compte PSN à celui de Xbox, ce qui permet de débloquer le cross-play et d'avoir droit aux succès Xbox par la même occasion. C'est appréciable de voir cela, surtout que le dernier portage que j'ai pu tester (Indiana Jones sur Nintendo Switch 2) faisait totalement abstraction de la connexion à Xbox.


Vu qu'on parle du bordel stratégique, parlons aussi du sujet de la VF, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et qui en déversera encore beaucoup... On savait déjà, par le biais des comédiens de la série Halo, que ces derniers n'avaient pas été rappelés. D'autres comédiens ont pris le relais, et le résultat est ... un cuisant échec. Le doublage français de Halo Campaign Evolved semble avoir été réalisé dans l'indifférence la plus complète, sans la moindre direction artistique en studio. Les comédiens semblent lire un texte désincarné, sans connaître le contexte ni l'enjeu dramatique des scènes. Les intonations tombent à plat, désamorçant les moments de bravoure et réduisant les dialogues de Cortana à des échanges monotones et robotiques. Difficile pour des comédiens, aussi bons soient-ils, de faire quelque chose de juste si personne n'est là pour les guider.
Comble de l'absurde pour un tel jeu... Le Master Chief, héroïque « Major » dans nos contrées, se fait malmener son grade avec des bourdes terminologiques incohérentes. Sans aucune raison, le personnage passe d'une réplique à l'autre de « Major » à « Adjudant » au cours d'une même mission.
Ce manque de continuité traduit une absence totale de relecture, évoquant une traduction automatique brutale jamais repassée au crible par un être humain. Entendre un Marine hurler "À vos ordres, Adjudant !" deux secondes après que Cortana s'est adressée au "Major" brise instantanément le peu d'immersion qui subsistait. Pour un titre de ce calibre, vendu au prix fort sur une nouvelle plateforme, une telle paresse éditoriale est difficilement justifiable.

Malheureusement, ma baisse d'enthousiasme ne s'arrête pas là. Si j'ai apprécié revivre la campagne d'époque revue et magnifiée, mon intérêt a nettement faibli au regard du contenu inédit. Soucieux de rallonger la durée de vie et de combler des trous dans le récit d'origine, le studio a intégré une poignée de nouvelles missions. Celles-ci s'avèrent hélas être une vraie douche froide. Là où Bungie excellait dans l'art de créer des arènes ouvertes aux possibilités tactiques infinies (la mission Cartographe Silencieux en étant le parfait exemple), ces nouvelles séquences font ce qu'il y a de "pire" dans le shooter moderne.
On a ainsi droit à des couloirs génériques, des phases de défense banales avec l'arrivée de vagues d'ennemis répétitives. Le côté bac à sable, composante essentielle de l'ADN d' Halo, y est complètement brisée au profit d'une mise en scène poussive. On se retrouve avec des ajouts qui semblent encore plus datés que le Halo Combat Evolved, alors qu'ils sont là de base pour moderniser l'expérience... ces ajouts font tâche au milieu d'un level design d'époque qui n'avait absolument pas besoin de toutes ces rustines.

Au final, Halo Campaign Evolved sur PS5 laisse un curieux sentiment. D'un côté, le plaisir de retrouver les sensations de tir mythiques de la franchise dans un rendu visuel superbe et porté par une DualSense au sommet de sa forme est indéniable. De l'autre, le titre se saborde lui-même avec des ajouts de contenu indigestes et une VF chaotique qui donne juste envie de migrer sur l'anglais au bout de 10 minutes. Reste que ça sera l'occasion pour les joueurs PlayStation de découvrir ce monument du jeu vidéo, un peu claudiquant, certes, mais qui reste un grand nom.






