À l'occasion de la Paris Games Week 2026, j'ai rencontré Kazuki Morishita, créateur de Ninjala et producteur exécutif de Ninjala 2: The Uncharted Planet. Entre une démonstration commentée et quelques questions, j'ai pu en apprendre davantage sur cette suite, qui abandonne le JcJ au profit d'une aventure en monde ouvert.
Sorti en 2020 sur Nintendo Switch, Ninjala est un jeu d'action multijoueur free-to-play à l'univers coloré. Son originalité ? Les personnages utilisent des chewing-gums spéciaux, les Ninja-Gum, pour fabriquer des armes, se déplacer et déclencher leurs techniques de combat.
Le premier épisode reposait sur des affrontements JcJ à huit joueurs. L'objectif était de marquer des points, notamment en réalisant des IPPON, des éliminations spectaculaires.
Derrière ces affrontements se cache tout un univers. Les descendants d'anciens clans de ninjas, dont les pouvoirs ont décliné au fil des générations, ont créé la World Ninja Association (WNA). Cette organisation cherche à préserver leurs capacités et a développé les Ninja-Gum, capables de réveiller leurs pouvoirs.
Le succès du jeu a dépassé les frontières japonaises. Lors de ma rencontre, Morishita m'a rappelé que Ninjala totalisait désormais 12 millions de téléchargements. La France occupe la troisième place parmi les pays comptant le plus de joueurs, derrière les États-Unis et le Japon.
Six ans après ce premier épisode, GungHo Online Entertainment change de direction avec Ninjala 2: The Uncharted Planet, attendu en 2027 sur Nintendo Switch 2. Le nouveau titre abandonne les arènes au profit d'une aventure en monde ouvert, jouable seul ou en coopération jusqu'à quatre joueurs. Le modèle économique change également, puisque cette suite sera un jeu payant et non un free-to-play.
Pour commencer notre entretien, Morishita a pris les commandes d'une démo conçue pour le salon. Petite anecdote : c'était la première fois qu'il utilisait lui-même l'interface française du jeu. Il s'en est très bien sorti, tant il connaît par cœur son jeu.
Il est possible de s'adresser à Yoko pour accéder à deux expériences différentes : un mode consacré à l'action et un autre à la photographie.
Ce second, que j'ai pu essayer sur le salon par la suite, propose de se balader, de causer avec des personnages, de leur demander de poser et de prendre des photos. Une façon amusante de découvrir l'univers et ses habitants, même si la présence exacte de cette fonctionnalité dans la version finale reste à confirmer. Le mode action, quant à lui, embarque dans le monde ouvert jusqu'à un affrontement contre un boss.

La gomme reste centrale dans le système. Elle piège les ennemis et les immobilise avant de les attaquer (Gum Binding). Mais attention à ne pas en abuser. Rester trop longtemps au contact d'une substance collante risque de bloquer le personnage.
Morishita m'a présenté les nouvelles possibilités de défense, notamment le Gum Guard, une garde qui, si elle est bien timée, arrête une attaque, renvoie certains projectiles et déclenche une vulnérabilité temporaire.
L'idée est de proposer deux niveaux de jeu : un débutant pourra écraser les boutons et s'en sortir tandis que les habitués pourront apprendre à maîtriser les parades, les esquives et les enchaînements.
C'est sur ce point que l'abandon du JcJ change la donne. Dans le premier Ninjala, les combats en ligne obligeaient les développeurs à prendre en compte les lags. Les fenêtres de timing devaient donc rester permissives pour compenser la latence.
Désormais, moins de problèmes à prévoir. L'équipe peut proposer des parades et des esquives plus précises. L'observation des ennemis, l'anticipation des attaques et la progression des compétences deviennent des éléments essentiels.
Je lui ai demandé ce qu'il en était des longs combos du premier jeu, parfois critiqués par les joueurs qui se retrouvaient incapables de réagir. Morishita m'a expliqué que cette frustration venait essentiellement des affrontements entre joueurs. Dans Ninjala 2, les ennemis contrôlés par le jeu ne devraient plus enchaîner de cette manière.
Autre changement intéressant : les fameux IPPON sont toujours présents, mais leur fonction évolue. Alors qu'ils rapportaient des points, ils servent désormais à mettre en valeur des éliminations spectaculaires. On pourra combiner des gardes parfaites et des immobilisations pour en déclencher un.

Différents types d'armes seront disponibles, dont des battes, des marteaux et des yoyos. Chaque catégorie est basée sur un élément. Morishita m'a montré l'une d'elles, basée sur la glace pour geler les ennemis.
Au fil de l'exploration, on récupère des matériaux et de l'équipement, à améliorer et personnaliser. Des éléments et des Ninja Spheres offriront l'accès à différentes configurations. La fabrication à base de gomme, ou Gum Craft, ne se limite pas aux armes : elle est aussi utile dans l'exploration du monde. Le producteur rapproche cette progression de celle des hack'n'slash, citant Diablo. L'idée consiste à récupérer régulièrement de nouvelles armes, puis à combiner leurs caractéristiques pour créer un équipement toujours plus efficace.
Au cours de la démo, Morishita a activé un pouvoir qui, une fois une jauge remplie, faisait apparaître des alliés contrôlés par l'ordinateur. Un petit aperçu de l'ambiance à prévoir lors de sessions en coopération. D'autres techniques invoquent des créatures gigantesques, comme des crapauds ou des robots.
Lors de notre échange, Morishita a souligné un problème récurrent des jeux en monde ouvert : se déplacer. Ninjala possède, selon lui, un avantage naturel car ses personnages sont capables de se déplacer à grande vitesse avec la gomme.
Le monde de Ninjala 2 a donc été pensé autour de ces capacités de ninjas, avec des falaises à escalader, des rails pour se laisser glisser et des arbres assez hauts. Le plus rigolo ? Une grosse bulle pour voler (enfin planer). Pour les distances les plus importantes, un système de voyage rapide sera dispo.
La démo s'est achevée sur un affrontement contre un gros boss, qui attend à la fin d'une courte portion de donjon. Les donjons de la version complète seront plus longs.
Morishita m'a présenté une carte du monde, déjà particulièrement étendue. L'aventure est prévue en deux parties : The Uncharted Planet constituera le premier chapitre, tandis qu'un contenu additionnel poursuivra l'histoire et donnera accès à la suite de ce monde.

Si le jeu peut être parcouru en solo, Morishita insiste sur l'importance de la coopération. Il m'a expliqué que l'une des principales demandes de la communauté était de pouvoir découvrir Ninjala avec ses amis, plutôt que de les affronter. C'est désormais possible jusqu'à quatre joueurs, avec une formule conçue pour rester flexible.
Les participants pourront progresser ensemble tout au long de l'aventure ou se retrouver ponctuellement pour certaines activités. L'objectif n'est pas d'imposer une équipe permanente, mais de permettre à chacun de jouer à son rythme.
La coopération sera disponible en ligne, mais aussi en connexion locale sans fil entre consoles. Selon les indications données lors de notre rencontre, chaque participant devra posséder son propre exemplaire du jeu.
Morishita considère cette approche comme l'une des principales forces de son nouveau jeu. Il estime que les mondes ouverts conçus dès le départ autour de la coopération restent relativement rares.
Sa volonté est claire : offrir une aventure que l'on peut partager entre amis, mais aussi en famille, sans exiger de tous les participants le même niveau de maîtrise.

La continuité visuelle a été facilitée par le fait qu'une grande partie de l'équipe du premier Ninjala travaille sur cette suite. Le passage à une exclusivité Switch 2 permet cependant aux développeurs d'aller plus loin sur le plan technique.
Un détail m'avait frappée durant la préparation de cette interview : les personnages semblent désormais plus adultes. Morishita m'a confirmé qu'il s'agissait d'un choix volontaire, en partie lié au vieillissement du public depuis la sortie du premier jeu. Mais cette évolution répond également à des besoins de mise en scène : des personnages aux proportions un peu moins enfantines permettent de mieux montrer leurs mouvements et leurs animations de combat.
Le ton de l'aventure évolue lui aussi.
Le premier Ninjala présentait les affrontements comme une compétition sportive. Le deuxième épisode introduit de véritables dangers et une histoire plus mature.
Il ne s'agit pourtant pas de transformer la franchise en jeu violent. Morishita tient à conserver son accessibilité, notamment pour les enfants, particulièrement nombreux parmi les joueurs japonais.

Au-delà des jeux vidéo, Ninjala s'est aussi développé à travers un anime et un manga. Je me demandais comment était choisi le support de chaque histoire.
L'anime développe les histoires des huit personnages principaux du premier Ninjala. Parmi eux, Lucy, reconnaissable à ses couettes, est très appréciée des fans. Il m'a aussi parlé de Burton, l'un des chercheurs à l'origine du Ninja-Gum. Ancien adulte, il a retrouvé l'apparence d'un enfant après avoir consommé du Ninja-Gum.
Avec Ninjala 2, l'approche narrative change : le protagoniste est un avatar créé par le joueur. Il fallait donc construire une histoire dans laquelle on occupe une place, sans reprendre les aventures des héros historiques.
L'intrigue se déroule quelques années après le premier jeu. Elle commence lorsqu'un mystérieux vieil homme manipule le protagoniste pour l'amener à briser un sceau interdit.
Cet événement libère les quatre Gardiens de Tenma et leurs mystérieux pouvoirs, tandis que toute la WNA Academy se retrouve transportée sur une planète inconnue. Les personnages devront retrouver les fragments du sceau, affronter de nouvelles menaces et trouver un moyen de rentrer sur Terre.
Au fil de cette aventure, le protagoniste découvrira également les secrets de son propre destin.
Morishita m'a aussi rappelé un élément important du lore : les pouvoirs des ninjas trouvent leur origine dans une météorite tombée sur Terre plusieurs siècles auparavant. Les habitants des environs ont alors développé des capacités extraordinaires.
L'univers possède une dimension extraterrestre, avec les Space Ninjas, évoqués pendant notre entretien. Mais les liens précis entre les différents protagonistes de cette histoire ancienne et les nouveaux antagonistes restent encore à découvrir.

Pour terminer notre rencontre, j'ai demandé à Morishita ce qui pouvait relier des créations aussi différentes que Puzzle & Dragons, LET IT DIE et Ninjala.
Sa réponse tient en deux idées : l'amour des jeux d'action et la volonté de proposer des expériences accessibles à un large public.
Il explique notamment que Puzzle & Dragons, malgré son apparence de jeu de puzzle, a été pensé autour de contraintes de temps et de manipulations rapides. Il souhaitait proposer quelque chose de plus dynamique qu'un simple match-3 traditionnel.
Morishita cite également Nintendo comme une inspiration importante pour sa philosophie de conception : créer des jeux capables de plaire aux enfants comme aux adultes.
LET IT DIE fait évidemment figure d'exception avec son univers violent et décalé. Le producteur en parle avec humour, comme d'une envie occasionnelle de faire quelque chose de complètement fou. Mais derrière cette apparence brutale, on retrouve selon lui la même recherche d'un bon système de combat.


Ma dernière question portait sur le recul acquis après six années d'exploitation du premier jeu. Si Morishita pouvait revenir sur une décision de conception, laquelle changerait-il ?
Sa réponse s'est immédiatement portée sur le système pierre-feuille-ciseaux, l'une des mécaniques les plus controversées de Ninjala. Le producteur m'a toutefois révélé que les enquêtes réalisées auprès de la communauté avaient donné un résultat étonnant : les avis sont partagés à parts égales entre les joueurs qui appréciaient ce système et ceux qui le détestaient.
Sur Internet, les critiques semblent pourtant majoritaires. Enfin, rien d'étonnant. Morishita confirme que les joueurs mécontents ont juste tendance à davantage s'exprimer.
Plus surprenant encore, Morishita m'a confié qu'il n'aimait personnellement pas le système pierre-feuille-ciseaux, contrairement à une partie de son équipe de développement, qui tenait à le conserver. Il avait néanmoins accepté ce choix, reconnaissant son intérêt dans un jeu compétitif : cette part d'incertitude offrait aux débutants une chance de remporter des affrontements face à des adversaires plus expérimentés. Une décision qui illustre les compromis parfois nécessaires entre les préférences personnelles d'un créateur et les besoins de son jeu.
Avec Ninjala 2, cette contrainte disparaît !
En conclusion, Morishita a insisté une dernière fois sur ses deux grandes ambitions : proposer un monde riche pour occuper les joueurs de nombreuses heures et leur permettre de vivre cette aventure ensemble.
Reste désormais à découvrir si Ninjala 2 parviendra à conserver le dynamisme et l'identité de son prédécesseur tout en proposant une aventure suffisamment riche pour séduire les amateurs de jeux d'action et de mondes ouverts.
Réponse l'année prochaine. Ninjala 2: The Uncharted Planet est attendu en 2027, exclusivement sur Nintendo Switch 2, avec des textes en français.

