Un salon comme la gamescom n'est pas qu'un lieu où le geek en moi peut assouvir ses pulsions de joueur et narguer ses potes de bureau. C'est également un lieu culturel où on apprend et découvre de nouveaux horizons et de nouvelles émergences vidéoludiques. Oui, vous allez apprendre des trucs, mais liés au jeu vidéo donc ça passe plus facilement.
J'ai donc passé quelques dizaines de minutes sur le stand de la délégation de jeux marocaine où j’ai pu discuter avec Nissrine Souissi, représentante de la délégation et du programme mis en place et piloté par le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication du Maroc pour développer l’industrie du jeu vidéo au Maroc en partenariat avec d’autres acteurs marocains et internationaux.



Nissrine explique que la stratégie mise en place par le Ministère se découpe en 4 axes :
- L’infrastructure, pour laquelle un projet de construction d’une cité dédiée à l’industrie du gaming à Rabat est en cours ; son but sera d’accueillir les studios de développement marocains et internationaux, d’installer une arène e-sport et tous les services favorables à la création et à la production de jeux vidéos.
- La formation : Depuis la rentrée 2025, ont été mises en place 14 filières de formations de jeu vidéo en partenariat diplômantes au sein des centres de formation marocains privés comme publics (Bac+2, Bac+3 et Bac+5) et qui touchent tous les métiers : designer, programmation, analyse de données de jeux. Grâce à l’aide de la France avec qui le Maroc a signé une convention intergouvernementale qui a permis au Maroc de mettre rapidement en place un programme de formation au travers celui d’ISART Digital au profit des jeunes Marocains et d’incubation pour aider la montée en compétence des studios marocains. Le tout a été cofinancé par le Maroc et la France. Plusieurs des studios présents ont d’ailleurs bénéficié de ce programme d’incubation. Entre temps, le Maroc a signé un accord avec la Corée du Sud pour aider à la formation des enseignants afin qu’ils puissent être capables d’enseigner ce programme de formation. De plus, le Maroc vient de lancer un dispositif avec l’Union Européenne pour former les enseignants et les maintenir à niveau au fil des évolutions technologiques. Un des buts de ce programme est d’aider à re-scolariser les jeunes déscolarisés par l’aspect inclusif du jeu vidéo.
- L’incubation et l’attraction des investisseurs étrangers au Maroc. Plusieurs investisseurs se sont laissés tenter comme un studio français d’un groupe Polonais : Ivalice Studio qui a été le premier investisseur étranger qui s’est installé au Maroc et qui est présent sur le salon de la délégation du Maroc pour présenter Rogue Fantasy, un rogue lite inspiré fortement de l’univers de Final Fantasy et développé dans les studios français et marocains d’Ivalice. Des studios des Émirats Arabes sont également dans la liste des investisseurs et des studios danois sont également en pourparlers pour venir s’installer au Maroc.
- La promotion à l’échelle nationale et internationale de l’écosystème de l’industrie du gaming marocain. C’est de cet axe qu’est née en 2024 la Morocco Gaming Expo, convention du gaming marocain qui va célèbrer cette année sa 3ème édition et dont l’objectif est, comme la gamescom, un lieu où plaisir du public et business entre acteurs de l’industrie peuvent s’entrecroiser. Le salon a permis à 100 studios d’investir dans le projet, représentant environ 2000 emplois et l’ambition est d’en créer 10000 autres à haute valeur d’ici 2030 à travers les différents programmes de formation et d’incubation.
Nissrine m’explique ensuite que le programme a pour ambition de devenir le hub africain de l’industrie du jeu vidéo. Le Maroc est actuellement classé 4ème du marché africain et, chaque année, il gagne une place vers la tête du podium grâce à ce programme derrière l’Egypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Il ambitionne d’être premier d’ici 2030 grâce à une évolution rapide du programme et espère pouvoir rappeler les Marocains qui ont fortement percé dans le milieu et qui se sont installés dans d’autres pays pour de grands studios, car le Maroc n’avait pas de quoi laisser exprimer leur talent. Certains ont déjà commencé le retour au pays pour installer leur propre studio et faire parler leur talent sous le drapeau marocain.




Il me reste encore un peu de temps après cette entrevue, alors Nissrine me montre la borne de Rogue Fantasy d'Ivalice Studio dont nous avons parlé brièvement plus tôt. Je n’y ai pas joué, par manque de temps puisqu’elle voulait me présenter un autre jeu, mais j'ai regardé une jeune développeuse du studio marocain y jouer et ça a l’air intéressant : ce mélange Final Fantasyesque avec rogue lite combiné à de l’auto battler. La direction artistique des premiers Final Fantasy y est, le système rogue lite semble y être, mais encore plusieurs mois nous séparent de la sortie du jeu pour pouvoir donner un avis plus complet.
Le deuxième studio qu’elle voulait me montrer c’est AJB Games, studio qui a remporté le Morocco Gaming Expo 2025 et qui travaille actuellement sur Cazafonia, un GTA-like inspiré de la vie de Dizzy Dros, un rappeur marocain fan de jeux vidéo qui apparemment a une renommée qui monte à l’international et dont le trailer tournait sur une borne. Pas de possibilité de jouer, mais le jeu tracera les grandes lignes de la vie de Dizzy Dros face aux difficultés dans sa région et proposera également une mise en parallèle entre le vrai Dizzy Dros et son pendant virtuel. On apprend également que l’Open World aura un focus sur deux lieux : la région natale de Dizzy et Londres. Date de sortie pas encore fixée, mais le jeu est prévu sur PC, Android et iOS.