Life is Strange : Reunion – Une conclusion convaincante
Version testée : PC
Plates-formes disponibles : PC, PS5 et Xbox Series
Genre : Aventure narrative
Prix conseillé : 39,99€
Date de sortie : 26 mars 2026
Studio / Editeur : Deck Nine Games / Square Enix
Clé fournie par l'éditeur, merci à eux !
Fin 2024 paraissait Double Exposure (DE), un épisode qui nous replaçait dans la peau de Max, après plusieurs volets où d’autres protagonistes avaient pris le relais. Dans ce dernier, Max avait fait l’impasse sur ses pouvoirs et s’était trouvé un job en tant qu'enseignante en photographie à Caledon, une université de Nouvelle-Angleterre centrée sur les arts et quelques sciences. La fin MCU du jeu, avec un "Max reviendra ", laissait clairement penser qu’un nouvel épisode se préparait. Ce chapitre, le voilà enfin : Life is Strange: Reunion, une œuvre pensée comme une conclusion de l’arc Max… et Chloé.

Il faut pourtant s’armer de patience avant que la magie opère. Les premières heures de jeu (que j'ai faites totalement en stream) ont été déconcertantes. L'écriture peine à convaincre, les péripéties sont d'une affligeante banalité, et on retrouve une Maxine dans un quotidien plutôt "ordinaire" malgré les remous du final de DE, loin de la tornade émotionnelle et temporelle qui avait bouleversé sa vie à Arcadia Bay. Pour une femme de pratiquement 30 ans, et bien qu'elle enseigne, elle n'apparaît pas très mûre dans ses réflexions et ses sujets de conversations, ressassant sans arrêt un passé qu'elle tente pourtant de laisser derrière elle. Le jeu nous plonge dans cette phase d’apaisement, à la lenteur volontaire, où l’on observe, on écoute, on photographie… mais on ne vibre pas encore. Ce début invite à la contemplation, sans urgence dramatique, une approche frustrante pour qui attendait immédiatement le frisson, la tension, la culpabilité propre à la série.

Et c’est seulement lorsque le passé refait surface que Reunion déploie enfin ses ailes. Sans divulguer les détails, le retour de Chloé (que l'on peut jouer, comme dans Before the Storm) dans la trame agit comme une étincelle, réactivant des émotions enfouies et qui rameuteront sans l'ombre d'un doute tous les fans de ce duo iconique. À partir de là, la narration gagne en intensité : elle interroge les conséquences de tous ces choix impossibles qui ont du être faits bien trop jeunes, des nombreuses blessures que l’on croit refermées et qui impactent le quotidien de nos héroïnes. Le fantastique revient (en faisant l'impasse sur les pouvoirs débloqués dans l'épisode précédent) mais n'est plus tant moteur de la narration qu'auparavant. Consciente de son pouvoir et aidé par un Moses très terre à terre (et superbement écrit), Reunion n’est plus un jeu où l'on passe sa vie à remonter le temps, mais plutôt on l'on tente à l'aide de ce dernier de recoller toutes les fractures spatio-temporelles engendrées via les événements des précédents épisodes.

Cette thématique apporte une certaine maturité à l'œuvre à mesure que l'on progresse dans l'aventure. L’écriture n’est pas parfaite comme dit plus haut. Si Moses et Safi bénéficient d'un très bon traitement, d'autres comme Amanda et Vinh se ramassent totalement. Amanda semble être un simple faire-valoir, tandis que Vinh perd toute son aura. Concernant Max et Chloé, les scénaristes de Deck Nines Games parviennent presque à renouer avec l’alchimie fragile du premier opus de Dontnod. Un doux mélange d’affection, de fragilité, de révolte et de tendresse. Même lorsque les mots ne sonnent pas juste, les émotions, elles, restent vraies. Peu séduit par la VF initialement (que j'ai choisi pour simplifier le suivi du stream), j'ai finalement accroché aux propositions des protagonistes principaux, plutôt bien joués.
Si Reunion fonctionne bien, c'est parce qu'il sait à qui il s'adresse. Ce jeu n’essaye pas de séduire un nouveau public, il s’adresse à celles et ceux qui ont grandi et ont tissé un lien particulier avec le premier épisode. Ce fut mon cas. Les musiques m'ont accompagné, les personnages m'ont forgé, l'histoire m'a marqué. Life is Strange a eu un impact sur ma vie, et je lui en suis reconnaissant. C’est un jeu qui m'a fait faire une petite introspection, sur ce qu’on a vécu et sur la personne que je suis devenue.

La conclusion livrée est satisfaisante. C'est une fin honnête, qui parvient à boucler la plupart des arcs, à clore un chapitre. Pas de grand spectacle, pas de rebondissement sorti d'on ne sait où. C'est un final humain, qui permet de définir l'avenir de Max et Chloé. Est-elle parfaite ? Non, sans doute pas. Je dirais même que ça ressemble davantage à une fanfiction pensée pour plaire aux fans n'ayant pas forcément cerné tout l'intérêt et l'enjeu du premier jeu. Pourtant, j'ai la sensation d'avoir clôturé un chapitre important et je sors apaisé de cet épisode. Bien loin des sentiments que j'éprouvais lors du final de Life is Strange premier du nom.
Sur le plan visuel et technique, Reunion reste fidèle à ce qu'a proposé DE. La direction artistique garde cette patte entre réalisme doux et pastel nostalgique, souvent magnifié par quelques angles de caméra bien sentis. On comprend aussi pourquoi le jeu a pu sortir aussi vite, vu qu'il réutilise la plupart des décors de Double Exposure. En revanche, les animations faciales accusent parfois quelques ratés, surtout dans les moments de tension émotionnelle. Rien de franchement repoussant, mais ça peut sortir de l'intensité de certaines scènes. Difficile aussi de ne pas mentionner les quelques bugs rencontrés ça et là. Textures parfois tardives, scintillements sur certains décors, bugs lorsqu'on remonte le temps... Rien qui ne puisse être patché, mais bon, ça a un peu impacté mon aventure.

Enfin, difficile de ne pas aborder la bande-son avec LiS, qui vise toujours aussi juste dans le registre indie-folk. L'OST m'accompagnera quelques semaines sans l'ombre d'un doute, même si j'accroche un poil moins que sur d'autres épisodes.
Life is Strange: Reunion demande du temps avant de décoller, et c'est regrettable. Mais quand il atteint sa vitesse de croisière, il offre un panel d'émotions qui devrait convaincre les fans. Pour ceux qui ont grandi avec Max et Chloé, ce dernier chapitre est pratiquement inespéré, et rattrape le perfectible Double Exposure. Un bel au revoir en somme, même si je lui préfère la BD parue il y a quelques années.






