Crushed in Time – Vous connaissez le stretch’n’click ?
Version testée : PC
Plates-formes disponibles : PC
Genre : Point'n'click / Aventure / Enquête
Prix conseillé : 24,99€
Date de sortie : 10 juin 2026
Studio / Editeur : Draw Me A Pixel
Clé fournie par l'éditeur, merci à eux !
Avec Crushed in Time, Draw Me A Pixel ne se contente pas de recycler sa formule qui a porté ses fruits. Le studio propose une nouvelle fois une vision bien à lui du jeu d'enquête et d'aventure, rempli de malice, de surprise et d’autodérision. Le titre reprend l’esprit méta de There Is No Game, tout en lui donnant une forme nouvelle, plus ample, plus lisible et plus centrée sur une mécanique de point'n'click un brin revisitée : on ne se contente plus de cliquer, on étire, on tire, on manipule l’espace lui-même. Cette idée, à la fois simple et très expressive, permet à Crushed in Time de faire passer aux joueurs d'excellents moments.
Si vous aviez aimé l'originalité de There is No Game, vous devriez être charmé directement par Crushed in Time, qui réussit une nouvelle fois à donner l’impression permanente d'un jeu qui vous analyse, vous répond, vous provoque et se moque gentiment de vos réussites... et de vos échecs. On aurait pu craindre que le studio ne se contente de « cloner » sa réussite précédente, mais il parvient une nouvelle fois à surprendre, grâce à cette malice présente sur chacun des tableaux, qui pousse à détourner les règles qu'on connaît des jeux d'enquête, pour les casser et parvenir à nos fins. Crushed in Time apparaît ainsi comme un jeu familier d'une certaine manière, mais qui réussit à surprendre régulièrement. Et c'est peut-être la meilleure chose que l'on puisse demander à une suite spirituelle.
Le scénario est globalement plaisant, s'inspirant des comédies absurdes : Sherlock Holmes et le Dr Watson se retrouvent pris dans une enquête qui déraille dès les premiers instants, autour d’un personnage non-joueur disparu, avec en arrière-plan une crise de production et des avis Steam catastrophiques. Ce cadre donne au jeu une double couche de lecture : d’un côté, une aventure policière volontairement farfelue ; de l’autre, une satire du développement de jeux vidéo, du bug comme catastrophe narrative et du joueur comme témoin d’un chantier bordélique en cours. Cette mise en abîme fonctionne une nouvelle fois merveilleusement bien, on enchaîne les chapitres sans voir le temps passer.

La vraie idée brillante de Crushed in Time, bien que très surprenante de prime abord, tient dans sa manière de gérer le « point'n'click ». Là où There Is No Game reposait beaucoup sur la transgression des habitudes du point'n'click, ce nouvel épisode pousse plus loin la logique de manipulation. Plutôt que de cliquer, on va devoir jouer avec le décor et l'interface en tirant, étirant et relâchant les éléments cliqués. C'est vraiment étrange à décrire, et perturbant les premières minutes. Mais une fois qu'on a passé la prise en main, on a un retour plus physique de nos actions, et ça va tout seul, en plus de coller avec l'aspect très cartoon du titre.
L'idée est toute bête, mais elle apporte un peu de fraîcheur à un genre bien érodé, où l'on use et abuse des mêmes mécaniques de jeu. Ici, l’action de jeu devient un gag à part entière. Le simple fait d’interagir avec un élément du décor peut provoquer une réaction inattendue, une déformation ridicule, ou un enchaînement de situations totalement disproportionnées par rapport à l’action de départ. C'est complètement absurde et ça rend beaucoup de nos interactions géniales !

Tout n’est pas parfait, toutefois. J'ai tendance à râler un peu face aux jeux d'enquêtes qui sont bien trop simples. Ici, c'est un peu l'inverse. J'ai dû régulièrement me triturer les méninges pour trouver la solution à des énigmes particulièrement retorses. Dans l'ensemble, ça va, mais oui, on peut parfois se retrouver face à un petit pic de difficulté qui m'a poussé à faire quelques pauses pour revenir voir ça plus tard avec un œil nouveau.
Cela dit, même si le jeu propose un peu de challenge par moments, je considère que ce n'est pas un défaut majeur. Bien au contraire, on est loin des puzzles impossibles que pouvaient réserver certains point'n'click de mon enfance. Le souci, c'est que ça peut parfois un peu casser le rythme et faire qu'on est un peu moins emballé ensuite.
Crushed in Time ressemble à ce que j'attendais d’un héritier de There Is No Game : Wrong Dimension. On a ici un jeu drôle, inventif, conscient de ce qu'il est sans être prétentieux, et suffisamment malin pour renouveler sa propre formule et celle du point'n'click, quand même ! S’il ne supprime pas totalement quelques soucis de rythme et quelques énigmes plus rugueuses, il compense largement par son identité, son audace et sa capacité à transformer chaque interaction en gag potentiel. Pour les amateurs d’aventure méta et d’humour absurde, foncez, vous ne le regretterez pas !






