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Judgement – Donnez-moi mon maillet et mes bouclettes !

Autrefois à la tête d'une société à forte influence sur le marché du jeu vidéo, le constructeur SEGA a enchaîné les coups durs dans le domaine de l'arcade et de la console de salon, sans compter les flops en termes de jeux qui l'ont relégué, il y a plus d'une dizaine d'années de cela, à un simple éditeur en forte difficulté et sur la voie de l'extinction. Heureusement, l'éditeur s'est recentré, s'est réorganisé et remonte la pente grâce à une restructuration efficace, mais nécessaire.

Mais c'est surtout grâce à quelques succès surprenants, ces titres de la dernière chance qui ont finalement eu un succès mondial phénoménal et inattendu, que la firme du hérisson est encore en vie aujourd'hui. La série Yakuza (Ryu Ga Gotoku au Japon) est un énorme facteur de cette survie avec 18 titres de la saga depuis 2005, le 19ème étant en développement. Celui qui nous intéresse aujourd'hui est le 18ème jeu, dernier bébé du studio Ryu Ga Gotoku qui a pris le nom de la franchise, le spin-off dénommé Judgement.

Dans Judgement, vous incarnez Takayuki Yagami, détective privé et ancien avocat célèbre. Ses relations avec une famille de yakuzas, le clan Tojo, vont lui permettre d'enquêter de près sur une série de meurtres touchant des yakuzas d'un clan rival venant du Kanto. Les yakuzas étant ce qu'ils sont, des criminels violents sans vergogne, les enquêtes de Yagami vont être plus compliquées qu'elles ne devraient et les ennemis vont s'accumuler au fur et à mesure que vous vous approchez de la vérité déclenchant de nombreux combats dans lesquels vous serez très souvent en position d'infériorité numérique.

Le jeu est articulé en 13 chapitres, un par affaire de l'histoire principale qui a plus ou moins un lien direct ou indirect avec l'affaire des meurtres en série, fil rouge du jeu narré avec un certain brio et dont les protagonistes, même les plus secondaires, ont tous un développement personnel vraiment réussi et bien plus prononcé que dans la plupart des jeux. Un très bon point qui change de nombreux jeux où les personnages manquent sérieusement de personnalité.

A cela, il faut rajouter des enquêtes secondaires, des missions annexes d'amis des activités de divertissement (dont de nombreux autres jeux vidéos SEGA dans les salles d'arcade) ce qui procure une durée de vie très sympa.

Maintenant que les présentations avec le concept du jeu sont faites, passons à ce qui nous intéresse : le shabu shabu... euh je voulais dire le gameplay.

Judgement est un jeu en open world. Un petit open world en fait, puisqu'on peut se balader comme bon nous semble dans le quartier de Kamurocho, une version virtuelle du quartier de Kabukicho à Tokyo, célèbre pour ses services de plaisir, de jeu et pour sa violence. Et même si l'ensemble est détaillé, qu'on peut évoluer en plus dans certains intérieurs, qu'il y a plein de choses à y faire et que tout fourmille de vie, le terrain de jeu semble quand même minuscule comparé à une majorité de jeux en monde ouvert.

Surtout que de nombreuses missions nous feront faire des allers-retours entre divers points, pour une filature, une course poursuite, une analyse de preuves et on a l'impression de passer la plupart de son temps dans les mêmes endroits.

Evoluer dans Kamurucho est aisé et Yagami se contrôle bien. Parfois des objectifs demanderont de la discrétion pour suivre une personne et le gameplay se modifiera un peu pour un système de couverture afin de se cacher de sa cible soupçonneuse. Je dois avouer que si l'idée est intéressante, l'application aurait pu être un peu meilleure et plus naturelle. Surtout que de nombreux objets ont été oubliés comme couvertures alors que des objets identiques à 5 mètres de là permettent de se cacher. C'est un peu maladroit et rend ces objectifs bien moins amusants car demandant l'inverse de la nature de ces missions : risquer de se faire voir pour se mettre à couvert. Je suis le seul qui trouve cela maladroit ?

Lorsque ce ne sont pas des filatures, Yagami aura à courser des suspects dans une séquence sur rails semi libre en QTE. Ces séances sont plutôt bien réussies et permettent d'admirer des animations vraiment léchées et un visuel réussi, et, chose surprenante, ne sont pas passives du tout, car en dehors des QTE d'obstacles imposants (gens, vélos, mobilier de rue, etc), Yagami sera contrôlable horizontalement sur ce même rail (on ne contrôle pas la vitesse, ni la course en elle-même) pour éviter les petits obstacles ou anticiper les gros obstacles et éviter les QTE.

Des gameplay, le jeu en propose de nombreux. Qu'ils soient annexes (baseball, jeux d'arcade, courses de drône, etc.), essentiels aux enquêtes (filatures, interrogatoires, analyse de preuves, espionnage via le drône, etc.) ou purement de combat sont plutôt bien travaillés. Je vais juste m'éterniser un peu sur deux d'entre eux. Un parce que c'est un élément angulaire du jeu, l'autre parce qu'il aurait pu être bien plus poussé et subtil pour ce genre de jeu. Commençons par ce dernier, voulez-vous ?

Son petit nom est "interrogatoire". Il arrivera par moment, que ce soit pour récolter des informations auprès de son client ou pour faire cracher le morceau à un suspect, un témoin, Le jeu basculera en mode dialogue, une cinématique qui s'interrompt pour que le joueur puisse interagir dans le dialogue et orienter les discussions pour tenter de glaner des informations. Nous ne sommes certes pas dans un RPG, mais le système proposé est très basique et n'a aucune réelle conséquence. Le joueur pourra donc choisir à tour de rôle dans l'ordre de son choix, poser toutes les questions, émettre toutes les suppositions sans aucune conséquence, si ce n'est un petit bonus de points d'aptitude qui sera accordé lorsque le joueur enchaîne les choix les plus pertinents. Aucune conséquence vis à vis de la personne interrogée, aucun choix de dialogue irréparable et on pourra accuser un type d'un meurtre à un moment pour la seconde d'après lui demander comme si de rien n'était s'il a vu quoi que ce soit et que cette personne lui réponde comme si la conversation de 5 secondes plus tôt n'avait jamais eu lieu. C'est dommage. Vraiment dommage que ce système qui, justement, est fait pour faire des choix, ne permette pas d'assumer les conséquences de ses choix. Ce qui rend les interrogatoires un peu trop linéaires et sans risque, ou force des situations (l'évènement annexe du bar au verre à 2000 yens et avec la femme adultère est un parfait exemple du manque d'ambition du système). Je peux comprendre qu'il a été pensé ainsi pour ne pas compliquer des affaires déjà relativement complexes, mais en tant que fan de jeux d'enquêtes et de choix, je ne peux qu'être déçu sur ce point.

Par contre, où je ne suis pas déçu c'est dans le système de combat. Yagami va devoir se battre. Le jeu passe alors en mode Beat Them All dans un système de combat plutôt libre et où tous les coups sont permis. Un vélo traîne dans le coin ? Il suffit de le ramasser et de le fracasser contre un ennemi pour lui causer des dégâts importants. Y'a un cône de circulation sur votre chemin ? Pourquoi ne pas le prendre et tabasser vos adversaires avec ? Vous n'avez plus rien à portée ? Pas de soucis non plus, puisque Yagami maîtrise deux styles de combat : le style de la grue, basée sur l'agilité, idéale pour gérer plusieurs ennemis en même temps et celui du tigre, puissant mais moins souple et qui permet d'éliminer rapidement des ennemis grâce à ses lourds dégâts. Jongler entre les deux et augmenter ses compétences ne seront pas du luxe, puisque les ennemis deviendront plus robustes, seront plus nombreux et effectueront plus de coups mortels (qui scellent une partie de votre jauge de vie, vous empêchant de vous soigner vous- même sans l'aide d'un médecin) au fur et à mesure que vous progresserez dans le scénario. Et ne parlons même pas des combats de boss qui feront très mal si vous ne maîtrisez pas l'esquive et la parade.

Le jeu offrant une certaine souplesse et un système de combat efficace et tous les outils pour vous défaire de vos adversaires les plus coriaces, l'échec dans ces tâches ne viendra que de vous. Surtout si vous oubliez que vous avez également la possibilité de rentrer dans un état de furie pendant quelques secondes et de faire des dégâts importants pour vous sortir des situations les plus délicates.

Mais le plus important dans un jeu open world est la vie. Evoluer dans des environnements vides est complètement inutile. Heureusement, Judgement est ce genre de jeu rempli de détails, des passants qui discutent entre eux, des boutiques et restaurants que vous pourrez visiter, des évènements - de combats principalement - qui se déclencheront par surprise. La bande- son du titre n'est pas non plus étrangère à cette immersion, notamment grâce au jeu d'acteur des seiyus maîtrisé, dont les voix seront reconnues par de nombreux fans d'animés. Kamurocho est rempli de cette vie qui le caractérise et la petitesse du terrain de jeu se transforme un peu en force, une certaine intimité s'installe avec le joueur qui va finir par se prendre pour un de ses habitants.

Judgement est vraiment une très belle surprise qui sait s'éloigner de la formule Yakuza sans pour autant la dénigrer, qui assume son identité propre avec une histoire vraiment passionnante et une variété dans le gameplay qui, bien que maladroite sur certains points, est très appréciée. Je ne peux que vous le conseiller vivement : vous pourrez acheter Judgement sur Playstation 4 à 59,99€.


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