REPLACED – Un univers léché pour un gameplay effacé
Version testée : PC
Plates-formes disponibles : PC, Xbox Series
Genre : Cinematic Platformer / Aventure
Prix conseillé : 19,99€
Date de sortie : 14 avril 2026
Studio / Editeur : Sad Cat Studios / Thunderful Publishing
Clé fournie par l'éditeur, merci à eux !
Plusieurs fois retardé, REPLACED est clairement un jeu qui s'est fait attendre depuis son annonce en 2021. Il faut dire que le studio a vécu pas mal de remous. Quelques mois après l'annonce, le studio se délocalise à Chypre après le début de la guerre en Ukraine. Pour que ce déménagement se passe dans de bonnes conditions, le studio décale à 2023... puis à 2024, sans vraiment de raison. Ensuite, le jeu est reporté à 2025, les pontes s'étant montrés trop optimistes quant à l'avancée du projet. Enfin, lors de la gamescom 2025, on apprend que ça sera finalement pour 2026. Une démo paraît en février, puis un ultime report à avril 2026 est annoncé pour "peaufiner" le jeu. Et enfin, nous y voilà, manette en main, à pouvoir déambuler dans et aux alentours de Phoenix, en Arizona.

REPLACED démarre sur les chapeaux de roues et il est difficile de ne pas être happé par son introduction. Sa plastique impressionne dès les premières minutes : un pixel art d’une finesse rare, des animations chiadées à l'extrême, une gestion de la lumière impressionnante… Chaque plan semble pensé comme un tableau et avoir fait l'objet d'un travail minutieux des artistes. Le jeu impose immédiatement une identité forte, évoquant autant les classiques du cyberpunk que certaines productions ambitieuses de ces dernières années (difficile de ne pas évoquer Cyberpunk 2077 ici).
Mais une fois l’émerveillement initial passé, le vernis commence doucement à s’écailler. Après une première session de 90 minutes environ, j'ai commencé à appréhender l'œuvre différemment. C'est un jeu qui se regarde souvent plus qu’il ne se joue. Les phases de plateforme, pourtant au cœur de l’expérience, manquent de renouvellement et reposent sur des enchaînements très balisés, avec parfois quelques soucis de lisibilité, la faute à une richesse visuelle trop grande. On progresse, on saute, on grimpe… puis on recommence, encore et encore, avec peu de variations significatives. Le level-design, très propre au demeurant, peine à surprendre sur la durée et adopte une approche beaucoup trop académique pour captiver sur le long cours.

Même constat du côté des combats. Si les premières confrontations rappellent indéniablement le système de combat des Batman Arkham et se révèlent assez grisantes, on arrive vite à un plafond de verre. Les patterns des ennemis se répètent, les affrontements s’étirent parfois inutilement en multipliant juste le nombre d'ennemis passant de l'arrière-plan au premier plan, et certaines animations, superbes au passage, cassent malheureusement le rythme global de l'aventure. En résulte des séquences qui, à force, lassent, amenant un côté extrêmement mécanique à l'ensemble.
Ce sentiment de lenteur s’invite aussi dans la narration. REPLACED prend son temps, Après une introduction et un chapitre 2 sympathique, on traverse un gros moment transitif où tout est mou et peu passionnant. On apprend certes comment vivent les gens en dehors de Phoenix, mais c'est fait de manière assez fainéante, avec quelques objectifs secondaires pas bien passionnants et des dialogues artificiellement étirés par moments. Sad Cat Studio use et abuse également des documents pour détailler son univers. Toujours une bonne chose pour s'immerger, mais ça nuit également au rythme, avec des documents parfois trop longs pour leur propre bien.


C'est d'autant plus dommage que le titre parvient à captiver malgré tout. L’univers est intrigant, la direction artistique nous pousse toujours vers le prochain tableau, et certaines scènes marquent grâce à une mise en scène léchée qui m'a plusieurs fois fait lâcher des "waouh" en live. REPLACED réussit sans mal à installer son ambiance, mais échoue sur la gestion du rythme et sur ses combats qui peinent à se renouveler.
REPLACED est un paradoxe. Une œuvre magnifique, pour ne pas dire fascinante, qui donne régulièrement l’impression qu'il manque quelque chose. Un jeu qu’on admire autant qu’on subit parfois, et qui laisse un goût légèrement amer : celui d’un potentiel immense, pas totalement exploité, presque gâché par une application bien trop scolaire de ce que doit être un cinematic platformer.






