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De Chainmail à Baldur’s Gate 3 

Véritable phénomène de l’année 2023, le jeu de Larian Studio, troisième opus de la licence Baldur’s Gate, fait partie intégrante de la licence Donjons & Dragons, qui fêtera son cinquantième anniversaire en cette année 2024 !

Mais au fait, c’est quoi Donjons & Dragons ?

Donjons & Dragons, ce n’est rien de moins que le jeu de rôle sur table le plus connu à ce jour. Descendant direct des Wargames, la première itération du jeu, appelée Original Dungeons & Dragons (et abrégé ODD) est sortie en 1974. On doit sa création à Gary Gygax et Dave Anderson.

En effet, Gygax aura adapté les règles de Chainmail (cotte de maille!), un wargame qu’il a créé en 1971, tandis que de son côté Anderson avait créé l’univers de Blackmoor.

Plus tard, l’univers de Greyhawk, premier décor de campagne pour D&D verra le jour, en même temps que le système de règle original !

L’importance du système de jeu

Lorsqu’on parle de jeu de rôle, on parle avant tout d’un système de jeu. On distingue trois systèmes principaux. Celui basé sur le dé à 6 faces, dit D6 (créé initialement pour Star Wars, qui est depuis passé sur un système D20), celui basé sur un dé à 20 faces, le D20 (Donjons & Dragons, Pathfinder…), et le système D100, qui se base lui sur 2 dés à 10 faces, un pour les dizaines, un autre pour les unités. Ce système, appelé « Basic », fût créé pour RuneQuest et est utilisé (entre autre) sur Warhammer.

Dans le système D20 donc, on lance un dé à vingt faces afin de déterminer la réussite ou l’échec d’une action. Il y a évidemment un seuil de réussite (10/15/ etc.) et plus le score obtenu est élevé, plus l’action sera bien réussie. Le pinacle étant atteint lorsque le dé tombe sur un 20, la fameuse réussite critique qui entraîne la réussite automatique de l’action et ce avec style ! A contrario, lorsqu’on tombe sur le 1, cela entraîne un échec critique. Dans le cas de l’échec critique, non seulement l’action est ratée, mais en plus, cela s’accompagne d'une répercussion négative pour le joueur. (une arme qui casse, une chute, toucher un partenaire plutôt qu’un adversaire… C’est selon l’imagination du Maître du jeu)

A ce jet de dés, on ajoutera le modificateur de caractéristiques. Celles-ci sont traditionnellement divisées en 6, à savoir Force, Dextérité, Constitution, Intelligence, Sagesse et Charisme. Lors de la création d’un personnage, un certain nombre de points est distribué. Un score de dix est égal à la moyenne (donc un personnage avec 10 en Force sera dans la moyenne, etc etc). À partir de 12, le personnage gagne un modificateur dans sa caractéristiques (12 en force = +1). Ce modificateur évolue avec la valeur de caractéristique, comme indiqué par le tableau ci-dessous.

Valeur de Caractéristique 2-3 4-5 6-7 8-9 10-11 12-13 14-15 16-17 18-19 20-21
Modificateur -4 -3 -2 -1 +0 +1 +2 +3 +4 +5

On y ajoutera aussi divers bonus et malus, en fonction des compétences et dons maîtrisés par le personnage, mais également des conditions dans lesquelles l’action se déroule.

Une notion assez importante à maîtriser lorsqu’on joue à D&D et qu’on aime les combats, c’est la notion de « classe d’armure ». J’ai vu de nombreux joueurs de Baldur’s Gate 3 ne pas comprendre son fonctionnement.

La Classe d’Armure donc (abrégée CA), c’est le score que le joueur doit atteindre pour pouvoir toucher son adversaire. Celle-ci démarre à dix et dépend ensuite de l’armure portée, mais également de certaines statistiques et dons. Par exemple, un moine ne portant par d’armure ajoutera son modificateur de Dextérité, mais également de Sagesse à sa Classe d’armure.

Une classe d’armure élevée est donc synonyme d’une potentielle invulnérabilité.

Concrètement, lorsque vous allez attaquer un monstre dont la classe d’armure est égale à 25, vous devez atteindre un score de 25 pour pouvoir le toucher (avant de calculer les dégâts de votre attaque). Vous allez donc jeter un D20, ajouter votre bonus de maîtrise (qui dépend du niveau de votre personnage), ainsi que le modificateur adéquat (Force pour les attaques au corps à corps, Dextérité pour les attaques à distances et les armes de finesse, etc.)

Une autre notion importante pour comprendre les combats, c’est celle d’initiative. Celle-ci permet de déterminer l’ordre dans lequel les PJ et PNJ vont jouer. La valeur d’initiative se détermine avec un jet de dés. Elle peut-être augmentée via le modificateur de dextérité mais également, au travers de dons (dans Baldur’s Gate 3, le Don Vigilant permet de gagner un +5 à son jet d’initiative. Pas si intéressant pour les personnages ayant déjà un bon modificateur de Dextérité).

Dons, Feats, Compétences... KéZaKo ?

Dans Donjons et Dragons, un Don, c'est un passif qui offres divers avantages à un personnage. Ça peut aller de bonus à l'initiative, à la capacité de lancer un sort sans parler, et j'en passe. Il existe des centaines, voire des milliers de dons différents.

Les feats, ce sont des aptitudes ou des pouvoirs. On y retrouve des capacités actives (exemple : Souffle, qui permet de souffler de l'énergie magique en forme de cône) et passives (exemple : esquive totale qui permet à un roublard d'esquiver complètement les attaques magiques ou inhabituelles en cas de jets de réflexe réussi).

Quant aux compétences, celles-ci sont déterminées par une valeur et sont liées à une caractéristique.

Dans la 3.5, chaque niveau gagné nous donnait un certain nombre de points de compétences à répartir. Depuis la 5.0, les compétences sont liées au Bonus de maîtrise (qui augmente automatiquement en fonction du niveau et de la classe de votre personnage).

Par exemple, si vous utilisez la compétence « Persuasion », pour influencer la décision d'un PNJ, vous lancerez un D20, ajouterez votre modificateur de Charisme au résultat, ainsi que vos dons et maîtrises éventuels, afin d'obtenir le résultat final.

Il est à noter d'ailleurs que, contrairement à ce que Baldur's Gate montre, il n'existe pas de notion de réussite ou d'échec critique sur une compétence. A moins que votre MJ n’en décide autrement.

En effet, « Le code est plus une sorte de guide général qu’un véritable règlement » disait Barbossa dans Pirate des Caraïbes, c’est exactement pareil pour le jeu de rôle. Il existe un certains nombres de règles dites « maison », que le MJ appliquera (ou pas). De la même manière, il est assez rare de voir un MJ appliquer chaque règle du livre.

Open Game Licence

C’est en 2000, avec la sortie de la version 3.5 de D&D que Wizard of the Coast créera la Open Game Licence. Il s’agit d’un ensemble de règles prévu pour le jeu de rôle « Open Source ». Cette licence permet à des tiers de créér du contenu compatible avec D&D, mais également de les copier ou de les modifier afin de créer leur propre jeu.

L’exemple le plus connu étant Pathfinder, qui utilise le même système que D&D, avec quelques modifications (de l’avis général, les règles de Pathfinder sont d’ailleurs plus souvent en faveur du joueur !) En janvier 2023, Wizard of the Coast estime que D&D ne leur rapporte pas assez d’argent. Ils créeront une nouvelle licence OGL, rétro-active qui aurait à terme obligé les créateurs de jeux tiers à retirer leur jeu du marché sous peine de poursuites judiciaires. Suite à cette décision, Paizo (Pathfinder) décide de créé la Open RPG Creative Licence (ORG), une nouvelle licence dite « ouverte, perpétuelle, libre de droits, irrévocable ».

Face à la levée des boucliers, WoTc rétro-pédale et abandonne le projet de monétiser l’OGL, mais le mal est fait.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille l’excellent article de Lance 1d20, publié le 14 janvier 2023.

Du côté des jeux vidéo, on a très vite retrouvé des jeux tentant d’exploiter l’OGL.

D’abord, dans les Dungeons Crawler (voir la vidéo d’Edward sur Westwood Eye of Beholder) mais aussi sous la forme de ce que nous appellerons plus tard, les Computer Role Playing Game (dit C-RPG). Le Hack N’ Slash aussi doit beaucoup à Donjons et Dragons de part sa structure « porte-monstre-trésor » .

Les Royaumes Oubliés

Avant d’aller plus loin, il me faut expliquer ce qu’est un décor de campagne. Il s’agit donc d’un univers à part entière, qui sert de toile de fond lors d’une partie de jeu de rôle.

Le décor de campagne le plus connu pour D&D est celui des Royaumes Oubliés. C’est l’univers que l’on retrouve dans les séries Baldur’s Gate, dans la saga Neverwinter ou encore, dans l’excellent film Donjons & Dragons : l’Honneur des Voleurs, réalisé par Jonathan Goldstein et John Francis Daley. En effet, une partie de l’action se déroule à Padhiver (Neverwinter).

Parmi les autres décors connus, on retrouve les univers d’Eberron, de Planescape ou encore de Ravenloft. Chacun dispose de son propre Lore.

Les Royaumes Oubliés ont été créés par Ed Greenwood durant son enfance (à partir du milieu des années 60). Greenwood étant un joueur de D&D, il utilisera son univers comme décor de campagne pour ses joueurs.

À partir de 1979, Greenwood écrira des articles dans le magazine « The Dragon », l’un des deux magazines officiels offrant des ressources pour D&D.

Les Royaumes Oubliés donc, c’est donc le décor de campagne de référence lorsqu’on parle de Donjons et Dragons.

Le cas Baldur’s Gate 3 

Le jeu de Larian est le troisième opus de la licence initiée par Bioware (qu’on retrouve également derrière Neverwinter, Dragon Age : Origins ou encore Star Wars KOTOR, des jeux qui utilisent plus ou moins directement l’OGL).

Baldur’s Gate 3 est probablement l’adaptation de Donjons et Dragons la plus aboutie à ce jour, de par son respect des règles de D&D (dans leur version 5.0, sortie en 2014) mais également de part son univers.

Si les références aux anciens opus de la licence (via des personnages tel que Jaheira ou Minsc, entre autre) sont nombreuses, on y retrouve également des PNJ directement tirés de la version papier.

Elminster par exemple est l’un des tous premiers personnages créé par Greenwood. Le Duc Ulder Gardecorbeau est de son côté apparu dans la campagne « Descente en Averne », parue en 2020. Volo est également un personnage connu de l’univers, et Baldur’s Gate 3 fait aussi référence à Szass Tam, une puissante Liche.

L’univers étant vaste, riche, et ancien, il est probablement difficile de relever toutes les références, mais leur présence nous permet d’affirmer que Larian aura fait son travail avec passion.



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