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Balan Wonderworld – Un bouton pour les utiliser tous

Yuji Naka. Derrière ce nom qui ne parlera probablement pas à grand monde, se cache le créateur de Sonic devenu malgré tout, dans les années 1990, le rival de Shigeru Miyamoto pour la simple et bonne raison qu'ils étaient les papas des mascottes des acteurs majeurs du jeu vidéo. Mais là où la star de Nintendo a entretenu sa célébrité, Yuji Naka est resté loin des feux de la rampe. Cela ne l'a pas empêché, en tant que big boss de la Sonic Team, de sortir de nombreux projets dont nous retiendrons Nights into Dreams, Burning Rangers ainsi que Phantasy Star Online pour les plus marquants. Puis il a quitté Sega en 2006 pour créer sa propre société de développement avec des projets bien plus discrets.
Honnêtement, je pensais qu'il avait pris sa retraite. Mais apparemment il n'en est rien, puisqu'il bosse pour Square Enix depuis bientôt 3 ans et sort Balan Wonderworld, un jeu de plateformes que j'ai testé pour vous et dont vous venez de lire l'introduction.

Comment ça, ça se voit trop que je n'étais pas inspiré par cette intro ? Nana, s'pas vrai d'abord !

Alors Balan Wonderworld ça parle de quoi ? Comme Nights, peu de narration, peu de dialogues, on a droit à une cinématique qui nous présente deux enfants, un garçon et une fille, qui se retrouvent tous deux en "reflet" l'un de l'autre (un peu comme si chacun était dans une dimension différente) dans un bâtiment nommé Balan Wonderworld . ils y sont accueillis par Balan lui-même, un personnage mystérieux et carrément pas humain ! Après un petit spectacle visuel de cabaret et quelques mots énigmatiques qu'il prononce à propos de réparer le cœur de l'enfant, le jeu commence enfin - avec un sérieux air de déjà-vu- et nous voilà projetés sur une île minuscule qui va servir de hub du jeu et permettre d'accéder à ses 12 mondes. Chacun de ces mondes a une thématique liée au cœur blessé d'une personne. Votre rôle sera donc de finir un des 2 niveaux, très orientés plateforme, du monde pour récupérer le cœur et ensuite de faire le second pour l'assembler à une sphère, ce qui déclenchera un troisième niveau qui consiste en une bataille de boss. Une fois ce boss éliminé, le cœur de la personne est purifié de ses démons et le monde est terminé, mais pas à 100%, laissant la possibilité de le revisiter une fois que vous aurez d'autres costumes capables d'atteindre des secrets inaccessibles et incompatibles avec ceux de ce monde précis.

Du classique dans son déroulement, le jeu se vante de proposer plus de 80 costumes octroyant au joueur des aptitudes. Et c'est là le début du drame (et loin d'être le dernier, malheureusement) puisque si on vire les costumes doublons, ceux qui n'ont aucune utilité et ceux qui ont un fonctionnement ou des pouvoirs complètement stupides desservant le fun, il ne reste qu'une poignée de costumes utiles. Et encore...
On voit bien que les développeurs sont allés racler les fonds de tiroirs pour en gonfler le nombre. Sérieusement... quel intérêt de proposer certaines des transformations aux aptitudes qui s'activent et se désactivent aléatoirement ? Certaines d'entre elles rendant même le personnage encore plus inutile que sans costume !
Déjà que le jeu n'utilise qu'un seul bouton pour tout, il était difficile de faire plus minimaliste et chaotique, mais les développeurs ont réussi avec ces costumes absurdes. Oui, un seul bouton, vous avez bien lu. Si on exclut les boutons de tranche qui servent à basculer d'un costume à un autre parmi les 3 actifs, tous les boutons servent à la même action. Ce qui fait que certains personnages sont incapables de sauter. Non, oubliez ça... ce qui empêche certains personnages de monter une marche de 2 cm de hauteur, alors que la hauteur atteinte par leurs pieds quand ils marchent la dépasse facilement !
Malheureusement, certaines actions sont contextuelles, notamment sur l'île, rendant ce bouton unique complètement chaotique avec le personnage qui sort une action au lieu de celle désirée... Même la série Skylanders proposait des personnages capables de faire plusieurs choses !

Tout le jeu est bancal de la même manière, car le cœur même du concept et du level design est bancal et fainéant à base de murs invisibles et niveaux sans inspiration. Et lorsqu'un concept est bancal, le résultat ne peut être bon, il est bancal, je l'ai déjà dit ! Heureusement qu'il y a la technique pour relever le niveau...

Comment ça ? Même pas ?
Ah oui, tiens ! Les décors et personnages sont vides et simplistes, même si la modélisation est heureusement propre malgré les quelques effets d'aliasing qui, s'ils ne sont pas gênants en jeu, font un peu tache durant les cinématiques.
Mais un aspect simpliste et mignon n'est pas si dommageable, au contraire, ça a son charme. Encore plus pour un jeu destiné aux enfants (mais pas que).
Par contre la caméra limitée, digne de l'époque des balbutiements de la plateforme 3D, les nombreux freezes, les murs invisibles, les rebords qui "glissent", les bugs de collision, les baisses de framerate, les artefacts visuels (sous forme d'une longue bande verticale blanche sur le côté droit de l'écran qui apparaît de temps en temps), la répétitivité, le sont et ne sont pas pardonnables de nos jours. C'est bien simple, attendez-vous systématiquement à des freezes et de lourds lags dès que des ennemis apparaissent. Vous en aurez également à d'autres moments, mais au moins vous pouvez compter sur le fait qu'ils vont arriver forcément durant ces moments-là. Probablement pour prévenir que vous allez avoir 2 secondes d'action. Car oui, le jeu est aussi plus qu'élémentaire. Les boss commencent seulement à montrer un peu de résistance et des patterns d'actions moins évidents - et encore- à partir du monde 8 (sur 12). Les demi-boss sont eux une vaste blague qui ne valent même pas le temps de la cinématique de leur invocation tant leur facilité est insultante, même pour un enfant de 8 ans.
On peut également parler des séquences de Balan qui, à l'instar des jeux de rythme, demanderont d'appuyer au bon moment sur le bouton. Mais là encore, ces phases sont bourrées des mêmes scènes répétitives qui n'ont aucun réel attrait.

Si on compile et analyse tout cela, j'en viens à une triste conclusion : Balan Wonderworld est un jeu qui est sorti avec 25 ans de retard et encore ! Il serait sorti il y a 20-25 ans, il se serait fait exploser sans effort par Super Mario 64, Spyro (dans sa version originale !) et de nombreux autres jeux bien plus aboutis et intéressants en termes de gameplay et de fun. Yuji Naka et ses équipes ont clairement oublié d'évoluer le gameplay de leurs jeux avec le temps.

Tout le jeu est affligeant comme cela à l'exception des musiques qui sont honorables, certains passages  sont même très sympas, quoiqu'un peu répétitives. Je ne m'étonne même pas lorsque j'ai proposé à des amis de venir essayer le mode 2 joueurs et après les avoir prévenus que le jeu n'était pas bon en solo, que la meilleure réponse que j'ai eue ait été : "Je peux pas, j'ai piscine". Je vous passe les rires, les "Tu veux vraiment que je joue à ce truc que tu viens de me décrire ?!" et les menaces de mort.
C'est donc dans l'impossibilité de tester ce mode 2 joueurs, faute de compagnon de galère sous la main en ces temps troubles de pandémie (risquer de tomber malade, oui, mais seulement pour un jeu intéressant et sympa !) et puisque le online semble avoir été oublié, que ce test s'achève.

Les mauvaises langues diront "Tant mieux" aux vues de la piètre qualité du titre, mais personnellement je suis énormément déçu de voir un tel gâchis sur un titre que j'espérais un minimum plaisant. Espérons que pour son prochain jeu, Yuji Naka se réveille et fasse préalablement une mise à niveau de ses compétences via les MOOCs "Le jeu vidéo en 2021 : il y a une raison pour laquelle les manettes ont plusieurs boutons depuis des décennies" et "C'est pas parce que je développe un jeu orienté pour les enfants que je dois les prendre pour des attardés niais incompétents".

 

En attendant, Balan Wonderland est à éviter à moins que vous ne le trouviez dans un vide grenier à pas plus de 5 €, et même pour ce prix là, je trouve personnellement que ça fait cher...



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