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Forgotten Fields – Le poids du passé

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Le studio Frostwood Interactive, qui a créé l'excellent jeu narratif Rainswept dont j'avais apprécié l'étrangeté en 2019, revient dans un nouveau titre du même style, Forgotten Fields.

L'histoire embarque cette fois dans les bottes d'un auteur tourmenté d'une trentaine d'années qui peine à trouver l'inspiration pour le pitch de son second livre, alors qu'il a pourtant reçu une proposition commerciale de la part d'un éditeur. On le retrouve chez lui, après une nuit difficile face au syndrome de la page blanche. Il se sent honteux face à l'email de l'éditeur en question, qui lui demande s'il réussira à respecter les délais. Il n'a pas le choix. Le soir même, il doit terminer de définir sa trame, ou il pourrait perdre son contrat, et avec lui ses espoirs de devenir écrivain. Mais cette journée est spéciale à bien d'autres égards, car c'est aussi aujourd'hui que sa mère organise un dernier repas avec tous ses anciens amis, dans la maison familiale qu'elle quittera dès le lendemain, car la maison dans laquelle elle vit désormais seule depuis la mort de son mari, va être vendue.

Le jeu embarque à travers les souvenirs d'enfance du personnage principal, Sid, tandis qu'il passe récupérer les papiers nécessaires à la vente, puis qu'il se rend sur place. Ses amis sont aussi à des tournants de leurs vies : l'un veut devenir plongeur, l'autre abandonner l'architecture pour la peinture, la troisième va se marier, tandis que le quatrième hésite toujours à faire sa demande. Ils échangent sur le temps qui passe, sur les changements qui s'opèrent, dans le monde et autour d'eux, ainsi que sur les décisions qui les ont amenés à devenir ce qu'ils sont devenus. J'ai notamment aimé ce passage où Sid parle de l'envie d'écrire qui s'est amenuisée maintenant que c'est devenu pour lui un travail, avec ses obligations, alors que cela lui paraissait si simple de laisser libre court à son imagination quand il ne s'agissait que d'un hobby. J'avoue que j'ai aussi ressenti ça à un moment de ma vie, et cela sonne très vrai.

En parallèle, l'auteur tisse peu à peu les détails de son histoire, qui viennent se mêler aux événements de la vraie vie. Il brode peu à peu les traits d'une jeune magicienne qui a perdu ses pouvoirs et part à la recherche d'un sage qui pourra l'aider. Les choix de la vie réelle impactent ceux de ce monde imaginaire, une belle occasion d'emmener dans des décors féériques, magnifiés par la patte graphique toujours très présente du studio. Il est difficile de se rendre réellement compte de tous les impacts, n'ayant joué qu'une seule fois, mais le résumé de l'histoire se déroule à la fin, juste avant le générique, et il y a une quinzaine de points. La fin est notamment très représentative, la magicienne se retrouvant face à un choix cornélien guidé par un autre choix, cornélien également, de Sid.

Ce second opus développé par Frostwood Interactive reprend les mêmes éléments que j'avais appréciés dans Rainswept : un scénario  rempli d'émotions, avec des personnages attachants, et des graphismes atypiques qui subliment les environnements. Les jeux de lumière et de caméra aident à donner à l'histoire un côté très cinématographique, le tout supporté par une musique qui m'a fait garder mes écouteurs tout du long.

Par contre, il y a beaucoup de soucis techniques. Mais je tiens avant d'en parler à rappeler que j'ai joué deux bonnes semaines avant le lancement, ce n'est donc pas forcément représentatif du produit final (ou alors il y aura un véritable souci). En premier, les collisions sont très aléatoires dans ce monde en 3D. Sid doit être couvert de bleus après tous les murs et les coins de meubles contre lesquels il s'est bloqué. Le même souci se présente avec les PNJs, l'un d'eux m'a même poussée sur une bonne centaine de mètres, car mon personnage s'est retrouvé coincé dans sa zone d'effet. Ensuite, les transitions sont difficiles, j'ai eu plusieurs écrans noirs qui m'ont obligée à recharger ma partie, ou encore des passages très longs pendant lesquels je ne pouvais rien faire d'autre qu'attendre, sans option pour passer à la suite, jusqu'à ce que le jeu se débloque d'un coup. Enfin, le dernier point noir concerne la caméra, qui est capricieuse. Elle se bloque derrière des feuilles lors de cinématiques et, durant les phases de jeu, elle tourne à 90°, ce qui n'offre pas toujours l'angle de vue parfait pour éviter les meubles.

Malgré ces soucis, qui j'espère seront corrigés (si ce n'est pas déjà fait), j'ai passé un après-midi agréable dans l'univers enchanteur de Forgotten Fields. Comptez environ quatre heures pour terminer l'aventure, en sachant que vous voudrez peut-être emprunter d'autres choix, pour écrire une autre histoire ! Juste, il faut aimer lire, beaucoup, et en anglais, pour réellement en profiter, le jeu n'ayant pas de localisation en français ni de doublage des voix.


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