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Le monde de Cyberpunk 2077

Le jeu d'action-RPG de CD Projekt Red devait sortir le 16 avril 2020. C'était Keanu Reeves qui l'avait annoncé en grande pompe à l'E3 2019. Malheureusement, depuis, le jeu ne fait qu'être repoussé, avec un premier report au 17 septembre, puis au 19 novembre, et enfin très récemment au 10 décembre. Sortira-t-il vraiment en 2020 ? Le mystère reste entier, mais l'attente ne faiblit pas. L'acteur envahit même nos postes de télévision pour s'en assurer :

Vous pourrez sur la même chaine que la vidéo ci-dessus profiter de toutes les révélations, je ne vais pas les détailler ici, car l'objectif est de vous présenter un livre, édité par Panini Books que j'ai eu la surprise de recevoir à la maison.

Avec son grand format, sa couverture cartonnée et son papier glacé, ce livre se veut appartenir à la catégorie des beaux livres et, croyez-moi, il a tous les arguments nécessaires pour ne pas déparer dans votre collection. Cela ne s'arrête pas à l'extérieur, un grand soin a été apporté à la mise en page, qui reprend les codes couleur du jeu : blanc, noir et jaune. La police d'écriture, les encarts, et la large place donnée aux images rend la lecture aussi agréable qu'instructive. Les publicités sont pléthoriques, dans un style ultra coloré, souvent choquantes. Tout est fait pour immerger dans le monde dès l'introduction où l'ouvrage est présenté comme étant la création d'un groupe de journalistes indépendants du Night City Inquirer. Dans une volonté d'empêcher l'extinction de l'écrit, ils ont choisi de soutenir ce format (même si les articles sont aussi disponibles sous forme audio, l'occasion d'insérer des QR codes futuristes sur les pages, avec des numéros de référence). Cinq grands chapitres abordent les points à connaître pour survivre dans Night City en 2077, tous écrits du point de vue d'un expert du domaine, dans un style et un ton différents.

Tout débute par un rappel de l'histoire de ce monde, dont la chronologie a commencé à dévier de la nôtre vers la fin des années 1990 et l'effondrement de l'économie mondiale. Cela entraîne la sécession de nombreux états, la création d'autres, et trois grosses guerres entre des corporations entre 1990 et 2016. Fin 2021, deux corporations d'aquatech (exploitation océanique) entrent en compétition pour s'arracher les restes d'une troisième corpo, elles engagent chacune une corporation différente pour assurer leur sécurité : Militech et Arasaka. Quand les deux corpos d'aquatech trouvent finalement un arrangement, les griefs entre leurs milices privées sont trop importants, et les balles continuent de pleuvoir. La quatrième guerre des corporations déchire le monde jusqu'à la défaite d'Arasaka fin 2023, après la destruction de son QG américain basé à Night City, annihilé par une bombe nucléaire. Le monde s'est ensuite reconstruit, avec un lent retour à la normale, mais toujours autant de violence et d'inégalités sociales. La guerre n'est jamais loin, les rancœurs demeurent tenaces. Encore très récemment, en 2069-2070, les Nouveaux États-Unis (NUSA) ont déclaré la guerre aux États indépendants et, même si un compromis a été trouvé, les relations internationales restent tendues, que ce soit entre les gouvernements ou entre les corporations (et ni Militech ni Arasaka n'ont totalement enterré la hache de guerre).

La technologie de 2077 est bien plus avancée que la nôtre, bien sûr. Déjà, la cybernétique est omniprésente, qu'elle soit utilitaire ou cosmétique. Cela amène à une nouvelle maladie mentale, la cyberpsychose, d'autant plus que toutes les installations ne sont pas forcément réalisées dans de bonnes conditions et qu'il y a beaucoup de contrefaçons, avec un marché noir énorme. Les armes sont courantes et achetables n'importe où, jusque dans des distributeurs avec des armes à un-coup jetables. La cybernétique amène la création d'engins létaux surdimensionnés ou, au contraire, très discrets car intégrés directement dans les membres. Les armes blanches ne sont pas en reste et continuent d'être très utilisées dans la rue par les gangs. Les véhicules volants existent, les VS, mais ils sont réservés à l'élite, et le peuple continue à utiliser des voitures terrestres électriques très informatisées (et donc piratables !). L'un des divertissements les plus populaires est la danse sensorielle, une expérience immersive qui permet de vivre une expérience à la place de quelqu'un d'autre. Là également, les abus sont courants, entre programmes ultra-violents illicites et addictifs, et drogués qui succombent aux attraits du virtuel, pour peu à peu s'éloigner du monde réel. Enfin, le chapitre "technologie de demain" se termine par un article dédié au netrunning et à l'équipement nécessaire, car surfer sur le web est devenu très dangereux. En effet, une grande partie du réseau est devenu le terrain de jeux de programmes rebelles (IS = systèmes intelligents), à tel point qu'une barrière, le Mur noir, a été créée, au-delà de laquelle aucun humain ou produit artificiel n'est autorisé. Le shallow Net, le net contrôlé par les humains, n'est plus aussi global qu'autrefois. Tout au mieux national, voire seulement sous la forme de hubs locaux.

Night City est la ville de tous les péchés, et notre futur terrain de jeu. Sans surprise, tout un chapitre lui est dédié. Fondée en 1994 par Richard Night dans l'espoir de créer la ville parfaite, sous le nom de Coronado City, elle jouit d'une prospérité inattendue même si son fondateur se fait assassiner en 1998 (c'est à cette occasion qu'elle est renommée). En 2023, elle semble rayée de la carte quand cette bombe nucléaire détruit le centre d'affaire où se situait l'immeuble d'Arasaka. Mais elle est reconstruite par ses habitants, avec l'aide de Nomades et réussit même à rester indépendante des NUSA. Corpo Plaza a repris vie et Arasaka s'y est réinstallé en 2070. Comme dans un guide de voyage, les quartiers sont présentés avec des cartes, leurs spécialités et leurs habitants, habitants qui sont d'ailleurs au centre des deux derniers chapitres ("Un aperçu de la société à Night City en 2077" et "Loi et Désordre"). Le système de caste n'a jamais été aussi présent, entre les membres des corporations (et chaque employé défend sa société autant que sa famille) et les autres. Afin de mieux comprendre les principales forces en puissance, les corporations et les gangs majeurs sont décrits, avec leurs secteurs d'activité et leurs idéaux. Et ce ne sont pas forcément ceux que l'on croit qui sont les pires...

Enfin, le livre se termine sur une interview avec Rogue, pour parler des mercenaires et des edgerunners, ces penseurs libres dont Johnny Silverhand faisait partie, et que certains appellent les cyberpunks, même si eux n'utilisent que peu ce terme désuet. Des hommes et des femmes rentrés dans la légende que la rumeur tient pour responsables de l'attaque des tours d'Arasaka en 2023... Mais personne n'a jamais pu confirmer si cela était le cas !

Je connais le monde de Cyberpunk depuis longtemps, ayant joué au jeu de rôle sur table durant mes années d'étudiante, il y a de ça une quinzaine d'années (ça ne me rajeunit pas !). Je suis donc familiarisée aux termes très spéciaux de cet univers, mais nul doute qu'un néophyte pourrait se trouver un peu perdu. Je présume que CD Projekt Red a conçu son jeu de façon à ce que le joueur se retrouve peu à peu imprégné par cette culture, jusqu'à la faire sienne. Mais prendre les devants n'est jamais inutile et j'ai pour ma part vraiment apprécié cette remise à niveau. En plus, le ton journalistique donne à l'ensemble un côté très romancé, bien loin de l'aspect encyclopédique barbant qu'il pourrait avoir. C'est simple, j'ai dévoré les 200 pages en même pas deux jours !

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