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realMyst: Masterpiece Edition – Le chef d’oeuvre devient portable

J'ai depuis longtemps un faible pour l'univers Myst des studios Cyan Worlds, un jeu que j'avais acheté à une époque où les magazines vendus une dizaine de francs étaient accompagnés d'un CD. Pour mon budget limité de lycéenne, c'était parfait même si le jeu n'était jamais récent. De toute façon, ma machine n'était pas une bête de course et elle n'aurait pas pu faire tourner les dernières nouveautés. J'ai bien sûr joué à toutes les suites qui ont ensuite vu le jour : Riven, Exile, Revelation et End of Ages, sans oublier Uru: Ages Beyond Myst et Myst Online dans une tentative assez ratée d'intégrer du multijoueur. La version qui nous occupe aujourd'hui, realMyst: Masterpiece Edition, est sortie en 2014, une refonte réalisée sous Unity du jeu initial de 1993, et qui débarque finalement sur Nintendo Switch en ce mois de mai 2020, plus de vingt-cinq ans plus tard !

C'est avec une certaine émotion que j'apparais sur le quai de l'île de Myst, au son de cette musique si spéciale et mystérieuse que je pourrais reconnaître partout. Les contrôles se révèlent être une agréable surprise car ils sont doubles. Ainsi, la manette offre l'opportunité de se promener librement dans le monde, sans d'autre contrainte que les murs invisibles : l'occasion rêvée de découvrir l'univers sous son meilleur angle, avec des graphismes qui se révèlent plus que corrects. Les plus nostalgiques apprécieront le monde tactile, avançant par "à-coup", d'une vue pré-enregistrée à une autre, la caméra restant accrochée droit devant le personnage. Par contre, le passage de l'un à l'autre est parfois un peu difficile. Globalement, cela est immédiat dans le cas du tactile vers le libre, mais le jeu a plus de mal à se recaler comme il faut sur un spot du tactile quand il est en mode libre. Bien que très agréable pour l'exploration, le mode libre se révèle malheureusement assez laborieux lors de la manipulation de mécanismes : le pointage n'est pas du tout évident à la manette, d'autant plus que certains panneaux de commandes ont des boutons très petits et rapprochés. Peu importe l'option de mouvement choisie, le personnage n'est à aucun moment visible, ne générant aucune ombre ou reflet (il n'y a de toute façon pas de miroirs).

Utilisant un gameplay en point-and-click très simpliste, il n'y a pas de gestion d'inventaire. En fait, il n'y a que les pages rouges et bleues qui se ramassent une par une, remplaçant alors le curseur tant qu'elles n'ont pas été rapportées à leur livre. Tous les autres objets ne sont qu'observables, y compris les lettres ou les livres qui renferment des indices primordiaux, obligeant à noter pas mal d'informations pour ne pas s'y perdre. Et il y a des boutons, des leviers et des roues. Beaucoup ! Partout ! Tout est question d'observation et de bon sens pour comprendre qu'est-ce qui sert à quoi, afin de mettre en marche les nombreuses machines, chaque système représentant un puzzle parfois bien alambiqué car il n'est pas rare qu'il soit indirectement relié à l'état d'autres systèmes (je me rappelle avoir passé des nuits blanches pour en craquer certains...).

Le monde, tout comme les énigmes, sont fidèles à l'original. Ainsi, la solution de 1993 fonctionne pour realMyst,  je n'ai vu qu'un détail différent (les coordonnées des micros dans l'âge sélénitique). Mais les choses sont moins dirigistes et un nouveau joueur qui découvre l'étrange histoire de ces livres de liaison, pourra choisir de vivre sa propre expérience dans l'ordre qu'il le désire. Si vous n'avez jamais joué à un Myst et que vous découvrez ce monde à part, les livres sont les dernières traces d'une civilisation perdue, les D'ni, dont l'art de l'Écriture donne accès à des âges hors du temps et de l'espace. Chacun décrit un univers unique avec ses propres règles, autant d'occasions de proposer des énigmes originales basées sur l'eau, l'électricité, les sons... Incarnant un étranger mystérieusement happé sur l'île de Myst, le héros invisible se retrouve mêlé à une querelle familiale. Atrus, le père, a disparu et ses deux fils se retrouvent coincés sur des mondes différents, chacun accusant l'autre de ce crime : Sirrus est prisonnier du livre rouge et Achenar du livre bleu. Pour les libérer, il faut compléter leurs livres en retrouvant les pages manquantes perdues dans d'autres âges. Mais à la fin, il faudra choisir quel frère croire... À moins qu'il n'existe une autre solution ? Proposant 4 fins différentes, dont une seule réellement heureuse, realMyst rallonge l'expérience originale avec un nouveau monde, l'Âge de Rime, qui, bien que de taille très modeste et ne cachant aucune page rouge ou bleue, ne sera pas sans rappeler de bons souvenirs aux joueurs des suites...

Myst est rentré dans la légende par son succès, allant jusqu'à devenir un genre. Il faut dire qu'il n'est pas passé inaperçu à sa sortie, avec ses images pré-calculées en 3D, ses 256 couleurs et ses vidéos incrustées ! Petite anecdote : comme les deux créateurs, également frères, Robyn et Rand Miller, manquaient de fonds, ils incarnent eux-mêmes les personnages. Sirrus est interprété par Robyn, Achenar et Atrus par Rand. Robyn a aussi composé la musique ! Une affaire de famille intemporelle à (re) découvrir sur la Nintendo Switch dès maintenant pour son plus grand plaisir ! Que vous n'ayez jamais joué à Myst, ou que vous vouliez vous reperdre dans ce monde mystérieux, il serait dommage de ne pas en profiter. Seul bémol, realMyst n'a jamais été traduit en français et n'est donc disponible qu'en anglais...

realMyst: Masterpiece Edition - 18,99€


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