Publicité

Adaptation et Super-héros, étranges allers-retours

Les adaptations comportent toujours des différences avec le matériel originel. Cela peut être en bien. La novélisation d'un film ou d'un jeu vidéo peut ajouter des détails et des intrigues à peine effleurés dans l'œuvre originale pour lui donner plus de consistance. Dans l'autre sens, certaines scènes peuvent être organisés dans un ordre différent afin de donner un meilleur rythme. On ne raconte pas une histoire de la même manière dans une BD, un roman, une pièce de théâtre, une série, un film ou un jeu vidéo. Mais les modifications peuvent aussi être faites parce que les adaptateurs trouvent que "ce serait plus tendance" de faire comme ça. Ce qui peut aller jusqu'à des aberrations scénaristiques. Les comics de super-héros tiennent une place à part dans le domaine des adaptations. Ce sont des œuvres qui continuent, qui se développent toujours après que les séries et les films qu'ils inspirent soient finis et archivés. Mais leurs œuvres dérivées touchent un public plus large que les seuls amateurs de bande dessinée. La tentation est donc grande d'intégrer certaines de ces modifications dans l'œuvre originale, en bien ou en mal.

afkirl_adaptations_01

Les exemples les plus frappants de ces modifications sont les deux premiers super-héros créés, les deux plus connus : Superman et Batman. Le premier a connu sa première adaptation dès 1940, dans une série radiophonique. C'est dans celle-ci qu'est apparue pour la première fois la kryptonite, cette pierre qui fait perdre ses pouvoirs au héros extraterrestre. Ironiquement, les créateurs du personnage s'étaient vu quelques temps plus tôt refuser l'ajout d'un métal aux propriétés similaires. Du côté du chevalier noir, la série des années 60 a révélé et fait exploser trois méchants qui comptent depuis dans les sommets de la hiérarchie : le Pingouin, le Sphynx/l'Homme-Mystère et Catwoman. Tous les trois n'étaient alors que des personnages secondaires dont une sur le point de disparaître. La série animée des années 90 a fait de même avec Mr. Freeze et le récemment créé Bane.

Mais il y a le revers de la médaille, les mauvaises idées reprises. Pour la série Batman des années 60, le directeur des publications de DC comics avait voulu changer le ton à l'opposé pour adapter celui de la série. Lorsque celle-ci s'est arrêtée, le constat était clair : la majorité des suiveurs n'avaient pas apprécié et étaient partis, sans être remplacés par les spectateurs télé. Le titre a même failli s'arrêter à cause des pertes. Une décennie plus tard, la même erreur sera commise pour la série Wonder Woman, pour les mêmes résultats. Et quand ce n'est pas économique... Dans le film Superman de 1978, le père terrien du super-héros extraterrestre meurt. Cela n'a pas d'incidence directe, mais quand arrive la génération qui a découvert le personnage avec ce film devient celle des scénaristes, Jonathan Kent est mort plusieurs fois dans la BD, une fois dans une tentative de relance modernisée et a donné lieu à l'une des scènes les plus ridicules du film Man of Steel. Le problème, c'est que si en 1978 cela avait été l'élément déclencheur de la quête initiatique qui a transformé Clark Kent en Superman, les versions post 2000 n'ont débouché sur rien. Juste un copié bête et méchant. Enfin, il y a aussi les ajouts controversés. La série Lois et Clark des années 90 a fait sauter des tabous comme autrefois la série radiophonique des années 40. La reprise du mariage de Superman et Lois Lane a été l'un des plus gros événements du titre en terme de ventes (et les années 90 en ont connu plusieurs sur le personnage). Mais les auteurs qui sont passés derrière s'en sont plaint plusieurs fois comme si c'était un obstacle à leur créativité. Les lecteurs et les fans, eux, sont plus partagés sur le sujet.

superman

Dans les années 90, Marvel Comics a subi une grande crise économique. Avec une bataille entre de potentiels racheteurs. Le vainqueur est celui qui est arrivé le dernier et avec le moins de moyens, mais avec une vision. Ainsi a commencé la grande vague de films de super-héros qui nous abreuve d'adaptations de super-héros plusieurs fois par an. Le visionnaire louait les licences, mais son associé l'a remplacé par quelqu'un qui a passé la vitesse supérieure. Et qui a redéfini les liens entre les BD Marvel et leurs adaptations en films (attention, seulement ceux dont Marvel Studio détient les droits, les licences déjà louées comme les X-Men ou les 4 Fantastiques ne comptent pas). Auparavant, il fallait bénéficier d'une certaine notoriété pour avoir son film (ou être au contraire quasiment inconnu comme les Men In Black, The Mask ou Blade). Ces conditions, les Gardiens de la Galaxie ou Ant-Man ne les atteignaient pas. Déjà que leurs adaptations ne ressemblaient pas beaucoup au matériel d'origine. Les sorties de ces films se sont accompagnés de relances des BD où dans les deux cas s'est ajouté en guest Iron "on croit que je suis cool parce que je suis incarné à l'écran par Robert Downey Jr" Man. Certains films prévus prochainement ont même déjà commencé à bénéficier de cette mise en avant, comme les Inhumains. Ces nouvelles interactions perturbent de nombreux observateurs, qui ne savent plus si les films servent de vitrine pour attirer de nouveaux lecteurs ou si les BD sont des présentoirs à feuilleter avant d'aller au cinéma. D'autant plus que cette division cinéma est aujourd'hui la principale source de revenus de tout le groupe Marvel. Alors que certains spectateurs commencent à se plaindre d'une surexploitation du thème super-héroïque, on peut se demander ce qui arrivera à Marvel quand cette mode passera à Hollywood...

MarvelCinematicsUniverse_Avengers2_Film1

Si Marvel gère plutôt bien les relations et contradictions entre ses BD et ses adaptations (surtout que depuis le rachat par Disney, les séries animées se sont multipliées), chez la Distinguée Concurrence c'est le contraire. Depuis les années 90, DC Comics a su apprendre de ses erreurs passées pour ne plus récupérer que le meilleur et le plus identifiable, tout en laissant ses adaptations s'écarter sans peser sur le produit original. Par exemple, la série Smallville a été vomie et rapidement désertée par les fans de Superman malgré que ce soit l'adaptation télévisée qui ait duré le plus longtemps (mais il est difficile de juger avec des attentes et des références économiques différentes). Dans la BD, cela n'a entraîné aucun grand chamboulement. Ce n'est pas le cas de la série qui a suivi, Arrow, puis de son spin-off The Flash. Les ventes de la BD Green Arrow n'étant pas faramineuses, je ne m'étendrai pas plus sur l'arrivée dedans de Diggle puis de Felicity. Mais The Flash a déclenché une véritable guerre entre les créatifs de la BD et le pole série. En effet, en 2011 a eu lieu un grand reboot qui a bouleversé tous ses titres. Alors 4ème licence du groupe, Flash voyait son mariage avec Iris West dissout (d'ailleurs le personnage est repoussé en marge du titre) et une nouvelle origine pour son rival Néga-Flash. La série The Flash a au contraire mis la relation Barry-Iris au premier plan et a donné à son Néga-Flash une personnalité qui est un mélange de deux des porteurs du costume avant 2011. D'autres personnages comme Firestorm, Jay Garrick, Atom Smasher ou le duo Hawkman/Hawkgirl correspondent à leur version pré-2011. Idem pour l'attitude générale de la série Supergirl. Les BD ont fait un retour en arrière sur le Néga-Flash et ramené l'original. Pour le reste, les dirigeants se cachent derrière le nouveau calendrier de sorties cinéma qui vont faire exister des personnages en trois versions forcément contradictoires. Laquelle sera vraiment la dominante pour définir le personnage ?

the_flash_serie

Quand je relis mon texte, je réalise que ma problématique reste quand même bien embrouillé. Mais il est difficile de résumer tout ceci en un seul article. En tant qu'histoire toujours vivante, inachevée, les comics de super-héros restent à part dans le domaine des adaptations. Au point que quand on compte les différences, on s'embrouille et on se perd facilement dedans. Au point qu'il est impossible de prétendre connaître un personnage en l'ayant vu seulement dans un film. Pas évident alors que nous sommes au beau milieu d'une mode cinématographique sur les super-héros, et que d'autres sont prévues en avalanches jusqu'à la fin de la décennie...


Jeux du moment

>> Liste complète <<